L’ancien commissaire européen, fidèle de Berlusconi, s’installe au perchoir. 

Quand Antonio Tajani prend un chemin, il le tient jusqu’au bout", assure Franck Proust, chef de la délégation française au Parti populaire européen (PPE). Et il est vrai que cet Italien de 63 ans a mené sa candidature de main de maître, ne serait-ce qu’au sein de son groupe où les "primaires" organisées en décembre l’ont désigné haut la main devant ses concurrents. "La campagne de Tajani a été très efficace", confirme une source proche du PPE. "Il ne s’est pas contenté de rencontrer les chefs des délégations nationales (nationales du groupe PP, NdlR). Il est allé voir un à un tous les eurodéputés en disant à chacun combien son vote comptait."

A son actif aussi, soulignent ses supporters, une expérience européenne vieille de 23 ans. "Il connaît tout et tout le monde dans les institutions", souligne une autre source PPE.

De l’expérience et des casseroles

Juriste de formation, puis journaliste de 1983 à 1993, le Romain est en effet devenu eurodéputé en 1994 après avoir été membre fondateur de Forza Italia et porte-parole de Silvio Berlusconi, dont il est un proche et un fidèle. Un "pedigree" qui ne passe pas à gauche de l’hémicycle… Avant de revenir au Parlement, en juin en 2014, Antonio Tajani a passé un long bail au Berlaymont, au sein des commissions Barroso I et II. Il y fut vice-président en charge des Transports entre 2008 et 2010, puis de l’Industrie et de l’Entreprise de 2010 à 2014.

De ce dernier poste, il traîne une "casserole" : on lui reproche d’avoir été averti dès 2012 de manipulations de tests d’émission de gaz à effets de serre par Volkswagen. Il a de plus publié sur son compte Twitter, le 26 novembre 2015, le nom et les coordonnées du cadre qui l’aurait informé afin que celui-ci nie publiquement l’avoir fait. Une commission d’enquête du Parlement européen est chargée de faire la lumière sur l’ensemble de la fraude. Quoi qu’il en soit, le post d’Antonio Tajani pourrait constituer une violation de la loi sur la protection des données.

Autre reproche fait au nouveau président du Parlement européen : ses positions conservatrices en matière d’égalité des genres. "Antonio Tajani a voté contre la stratégie 2015-2020 pour l’égalité des sexes", a ainsi dénoncé à l’eurodéputée socialiste belge Marie Arena. "Il s’est constamment opposé au droit des femmes à l’avortement ainsi qu’à leurs droits sexuels et génésiques."

Le président de "tous les députés"

Prenant peu ou prou le contre-pied de ces attaques lors de son speech de présentation juste avant les votes de ce mardi, Antonio Tajani a promis une stricte égalité hommes-femmes au sein de son futur cabinet qu’il veut restreint. Il a aussi rappelé avoir renoncé à ses confortables indemnités en tant qu’ancien vice-président de la Commission (460 000 euros, soit 13 000 par mois pendant trois ans…). "C’eût été une injustice face à la souffrance d’autant de nos concitoyens", a-t-il commenté.

De l’anglais qu’il pratique couramment ainsi que l’espagnol, Tajani est passé au français pour terminer son propos en rappelant la phrase célèbre attribuée à Voltaire : "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire." Il a dès lors promis de soutenir tous les eurodéputés et tous les groupes. Ce qui, particulièrement à gauche, en a fait grimacer certains, persuadés qu’il s’agit d’une concession aux forces europhobes de l’assemblée. Ces propos faisaient en effet clairement écho à ceux du Roumain Laurentiu Rebega, candidat du groupe "Europe des nations et des libertés" présidé par la Française Marine Le Pen. "Le harcèlement doit cesser", avait dit celui-ci, "la démocratie n’est pas l’apanage des grands groupes."