Ce diplomate chevronné né dans une famille de l’intelligentsia soviétique risque de rester dans l’ombre de son prédécesseur et mentor, le très autocratique Noursoultan Nazarbaïev.

Successeur désigné de l’homme fort du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev a été officiellement élu président avec 70,8 % des voix lors d’un vote ayant montré, selon les observateurs, "un respect insuffisant des normes démocratiques" et marqué par d’importantes manifestations. Ce résultat conclut une opération soigneusement orchestrée de transition menée depuis la démission surprise en mars de Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé sans partage ce pays d’Asie centrale depuis son indépendance en 1991. La mécanique en apparence bien huilée du scénario a cependant connu des ratés avec les plus importantes manifestations organisées depuis trois ans dans ce pays dirigé d’une main de fer, donnant lieu à des centaines d’arrestations.

Ayant été investi par son mentor, il faisait peu de doutes qu’il serait le nouveau président, même si Nazarbaïev devrait conserver dans l’ombre plusieurs fonctions-clés.

Diplomate chevronné, M. Tokaïev est né au Kazakhstan en 1953 dans une famille de l’intelligentsia soviétique. En 1975, il sort diplômé du prestigieux institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO). Il commence ensuite une carrière de diplomate qui fera de lui une personnalité politique de premier plan après l’indépendance du Kazakhstan en 1991. Il fut ainsi tour à tour ministre des Affaires étrangères, Premier ministre et président du Sénat. Maîtrisant le chinois et l’anglais, en plus du russe et du kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev a également été directeur général de l’Office des Nations unies à Genève entre 2011 et 2013. Depuis son arrivée à la tête de l’État en mars, il a cherché à se construire une image publique de dirigeant, accueillant par exemple le président sud-coréen Moon Jae-in ou rencontrant à Moscou son allié Vladimir Poutine. Ses marques répétées de loyauté à l’égard de l’ex-président Nazarbaïev et son attitude solennelle lui ont pourtant valu d’être critiqué pour son manque de charisme. L’opposant en exil et ancien ministre de l’Énergie Moukhtar Abliazov, condamné pour détournements de fonds au Kazakhstan, avait ainsi un jour comparé M. Tokaïev à un meuble, qui "émet un grincement lorsqu’on le déplace".