International

La ministre des Affaires étrangères et européennes de Croatie, Marija Pejcinovic Buric, a été élue mercredi secrétaire générale du Conseil de l'Europe pour cinq ans, alors que l'organisation paneuropéenne de défense des droits humains et de la démocratie a été mise à mal par une longue crise avec la Russie.

Par 159 voix, sur 264 suffrages exprimés par les parlementaires de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) réunis à Strasbourg, Marija Pejcinovic Buric, 56 ans, l'a emporté face au ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui a recueilli 105 voix.

A l'annonce des résultats, la ministre croate a été longuement applaudie dans l'hémicycle.

"Pendant mon mandat de secrétaire générale, je porterai une attention spéciale à toutes les questions de non-discrimination, en particulier envers les femmes et les enfants", a-t-elle déclaré peu après son élection.

Elle succédera le 18 septembre à l'ancien Premier ministre norvégien, Thorbjørn Jagland, premier secrétaire général de l'organisation, vieille de 70 ans, à avoir été reconduit dans ses fonctions pour un second mandat.

Deuxième femme à occuper cette fonction depuis la Française Catherine Lalumière en 1989, Marija Pejcinovic Buric rejoindra aux hautes fonctions du Conseil de l'Europe une autre femme originaire des Balkans, puisque la Bosnienne Dunja Mijatovic est devenue en 2018 commissaire aux droits de l'Homme.

Ministre des Affaires étrangères depuis juin 2017 et également vice-Première ministre, Marija Pejcinovic Buric est présentée dans les médias croates comme "très professionnelle", travailleuse et technicienne, s'exposant peu.

Ancienne joueuse de handball de haut niveau dans les années 1980, cette polyglotte, née à Mostar, en Bosnie-Herzégovine, est une proche d'Andrej Plenkovic, le Premier ministre croate, qui incarne l'aile libérale du HDZ au pouvoir, face à sa frange plus nationaliste.

Personnage politique de premier plan en Belgique, Didier Reynders avait déjà échoué à prendre pied sur la scène internationale en 2014, alors qu'il visait un poste de commissaire européen.

Crise budgétaire

Elu pour cinq ans pour diriger et représenter l'organisation vieille de 70 ans, le secrétaire général est officiellement "responsable de la planification stratégique, de l'orientation du programme d'activités et du budget du Conseil de l'Europe", qui s'élève à 437 millions d'euros en 2019.

La question du budget sera particulièrement délicate pour celle qui va succéder à Thorbjørn Jagland, qui a préparé un "plan de contingence" avec à la clef réduction d'activités et réduction d'effectifs. L'application de ce plan, dans toutes les têtes des 2.200 employés de l'organisation depuis des mois, va dépendre de la volonté ou non de la Russie de régler ses dettes, qui s'élèvent actuellement à environ 75 millions d'euros, intérêts compris.

En réaction à la suspension des droits de vote de sa délégation en 2014 par l'APCE pour sanctionner l'annexion de la Crimée, Moscou a choisi en 2017 de ne plus verser sa participation annuelle de 33 millions d'euros, correspondant à presque 8% du budget du Conseil de l'Europe.

Cette crise institutionnelle a duré cinq années et Moscou menaçait de quitter l'organisation si ses parlementaires ne pouvaient pas voter à l'élection du secrétaire général.

Pour éviter d'en arriver là et que les citoyens russes ne soient privés de l'accès à la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), bras juridique du Conseil de l'Europe, l'APCE a adopté dans la nuit de lundi à mardi de nouvelles règles permettant un retour de la délégation russe dans l'hémicycle.

Cela ne s'est pas fait sans de vifs reproches de l'Ukraine, hurlant au scandale, mais aussi des pays baltes, de la Pologne et de plusieurs parlementaires britanniques, qui estiment que l'APCE s'est couchée devant la Russie sans demander de contrepartie.

"Nous avons besoin de plus de dialogue entre les Etats membres et au sein du Conseil de l'Europe", a plaidé Marija Pejcinovic Buric, voulant "préserver l'un des piliers du multilatéralisme européen".

Souvent confondu avec son homonyme de l'Union européenne (Conseil européen), le Conseil de l'Europe, lancé à l'initiative de Winston Churchill pour surmonter les affres de la Seconde guerre mondiale, rassemble bien au-delà de l'UE, puisqu'il compte aussi dans ses rangs la Turquie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Suisse, mais également depuis les années 1990 la quasi-totalité des anciens pays communistes d'Europe de l'Est, au premier rang desquels la Russie.