Assange aurait piraté les communications du président Lenin Moreno.

L’asile accordé par l’Équateur à Julian Assange, 47 ans, est en question. Depuis que Wikileaks a signalé l’imminente expulsion de son fondateur de l’ambassade équatorienne à Londres, Quito a admis que son cas était en révision. Reclus dans l’ambassade depuis plus de six ans, Julian Assange risque une révocation de sa mesure de protection, selon le chef de la diplomatie, José Valencia. Comment le fondateur du site internet Wikileaks s’est-il converti en réfugié gênant ? Éléments de réponse.

Peur d’être extradé aux États-Unis

Assange s’était réfugié à l’ambassade d’Équateur en Grande-Bretagne à la mi-2012 en demandant protection. Il avait reçu l’asile diplomatique du président Rafael Correa (2007-2017). À l’époque, l’Australien était sous le coup d’un mandat d’arrêt et d’une demande d’extradition vers la Suède pour viol présumé, un dossier classé depuis. L’expert en informatique craignait que la Suède l’extrade vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à mort pour la publication de milliers de documents secrets sur le site Wikileaks. Argument jugé recevable par Quito.

Mais Londres refusa de lui accorder un sauf-conduit pour quitter l’ambassade, et maintint un mandat d’arrêt pour violation des conditions de sa liberté conditionnelle dans l’affaire suédoise.

Un élément de la situation a changé depuis lors, l’arrivée au pouvoir de Lenin Moreno en mai 2017, et le traitement accordé à Julian Assange a été modifié. L’actuel président équatorien a revu quasiment toutes les politiques de son prédécesseur Rafael Correa et a accusé le fondateur de Wikileaks de s’immiscer dans les affaires internes de l’Équateur. Assange s’est vu aussi reprocher d’avoir tenté d’influer sur les élections américaines de 2016 et sur le processus indépendantiste catalan en 2017.

Le président Moreno, qui l’a qualifié de "caillou dans le soulier" de la diplomatie équatorienne, a coupé temporairement ses télécommunications en 2018 ; Rafael Correa avait aussi restreint un temps son accès à l’Internet, fâché des interférences de l’Australien.

Le Président piraté

Mais ce qui pourrait lui coûter l’asile, ce sont les soupçons du gouvernement équatorien que Wikileaks ait piraté les communications de l’actuel chef de l’État et de sa famille pour diffuser des photos, des vidéos et des conversations privées - autant de munitions pour ses opposants.

Julian Assange a voulu se maintenir comme un "acteur d’opinion mondial" sans respecter le "code minimal qu’un bénéficiant d’asile doit avoir : ne pas donner son avis ni s’impliquer dans un processus politique", dit Katalina Barreiro, de l’Institut des hautes études nationales à Quito.

Aujourd’hui, cependant, Assange ne bénéficie pas seulement de l’asile ; depuis 2017, il est Équatorien. Le gouvernement de Lenin Moreno l’avait même nommé conseiller auprès de son ambassade à Moscou afin qu’il puisse quitter le Royaume-Uni sous couvert de l’immunité diplomatique. Mais Londres n’a pas reconnu cette nomination, que Quito a fini par annuler.

L’Équateur peut, de manière discrétionnaire, "révoquer l’asile comme il le lui a octroyé", indique l’expert en droit constitutionnel Rafael Oyarte. En octobre dernier, Quito a imposé à Julian Assange un protocole de comportement qui régule ses visites, ses communications et même son hygiène au sein de l’ambassade. Le non-respect du protocole peut se solder par l’"achèvement de l’asile", selon ce document signé par les deux parties.

Si l’asile lui est retiré, Assange devra quitter l’ambassade, même s’il reste citoyen équatorien. Selon l’avocat de droit international Mauricio Gandara, ex-ambassadeur équatorien à Londres, s’il lui est donné vingt-quatre heures et qu’"au bout des vingt-quatre heures il n’est pas sorti, l’ambassade demande à la police d’entrer et de l’emmener". L’Australien sera alors arrêté selon le mandat qui court encore à son encontre. La peine "ne dépasserait pas six mois", estime le procureur général équatorien, Inigo Salvador, soulignant que le Royaume Uni a garanti qu’"il ne serait ni expulsé ni extradé vers aucun autre pays".