Envoyé spécial à Kinshasa

On l’attendait, il est venu. Didier Reynders a entamé lundi une visite de quatre jours en République démocratique du Congo (RDC), qui sera suivie d’une halte au Rwanda. Le ministre belge des Affaires étrangères a dû aussitôt s’expliquer sur le dossier le plus chaud : la guerre qui se développe à l’est du pays depuis avril et qui risque, écrivait lundi le quotidien "Le Potentiel", de se répandre dans toutes les régions de la RDC par un "effet domino".

Les données de ce conflit sont connues : plus de 300 000 personnes déplacées, des mines de coltan et d’or trop attractives, une armée congolaise minée par la corruption, une septantaine de groupes armés agissant selon des agendas très différents d’où émerge le groupe M23 qui ne se trouve plus qu’à une vingtaine de kilomètres de Goma, au nord, et qui a promis d’asphyxier la ville avant de l’investir comme un fruit mûr.

En juin, le Comité des sanctions de l’Onu a diffusé l’annexe d’un rapport qui détaille la manière dont des officiers de haut rang des forces rwandaises soutiennent les rebelles du M23 en leur fournissant des armes, du matériel militaire et de nouvelles recrues. La complicité avérée de Rwandais a entraîné plusieurs pays, dont les Etats-Unis, fidèles alliés de Kigali depuis quinze ans, à suspendre une partie de leur aide bilatérale au Rwanda.

Mais la Belgique, qui fournit au Rwanda une aide de 160 millions d’euros sur trois ans, n’a toujours rien fait. Didier Reynders s’est ainsi ménagé une marge de manœuvre dans la perspective de la visite qu’il doit rendre à Kigali à la fin de la semaine, mais aussi pour pouvoir informer correctement ses homologues européens lors du prochain conseil Affaires générales en septembre.

A Kinshasa, M. Reynders s’en est tenu à quelques grands principes comme le respect de la souveraineté congolaise et le soutien à la création d’une "force neutre internationale, je l’espère, au départ de la Monusco". L’idée est de lancer une nouvelle mission militaire des Nations unies avec un mandat beaucoup plus fort de type chapitre 7, qui permette d’imposer la paix. M. Reynders veut une "pression maximale" de la communauté internationale "pour revenir à une logique de stabilité".

"La souveraineté du Congo est complète sur l’ensemble de son territoire", a insisté le ministre belge à la fin d’une rencontre avec son homologue congolais Raymond Tshibanda, "et il n’est pas question d’accepter une quelconque rébellion, une quelconque volonté de mettre à mal l’Etat de droit sur l’ensemble de son territoire".

La Belgique est engagée militairement aux côtés de Kinshasa. Elle a formé deux bataillons congolais de 600 à 800 hommes qui sont allés se battre dans le Nord-Kivu. Essai à moitié concluant : les hommes étaient bien formés, mais la logistique (essence, vivres, munitions) n’a pas suivi, forçant ces bataillons 321 et 322 à une retraite humiliante en juillet. Kinshasa demande à la Belgique de former un troisième bataillon, plus rapidement que prévu, vu les événements.

Un sentiment d’urgence règne à Kinshasa, mais les responsables politiques ne veulent pas entrer dans une logique de guerre avec le Rwanda. Au contraire, ils cherchent à négocier. "Le Congo est une grande nation. Nous n’avons pas besoin d’attaquer le Rwanda", dit Aubin Minaku, le président de l’Assemblée nationale congolaise. "La communauté internationale a compris que le fonds de commerce du génocide de 1994 ne tient plus. Il faut faire davantage. L’essentiel est que cette guerre prenne fin. Même celui qui n’est pas instruit sait que le M23 est un instrument rwandais dans le cadre d’une stratégie pour l’exploitation illicite des ressources congolaises."

Le ministre belge a également rencontré une députée de Walikale, au Nord-Kivu, qui affirme que les différents groupes rebelles pillent les richesses minières de sa région et les évacuent par des pistes dans la forêt. "Nous avons tous ces minerais", dit Elysée Munembwe. "Mais les principales victimes sont les femmes et les enfants. Aujourd’hui, au Kivu, les femmes sont à la rue. Elles sont violées chaque jour. Les enfants ne peuvent pas aller à l’école. Il y a déjà eu plus de six millions de morts au Congo. Cette situation doit interpeller toutes le femmes."

Didier Reynders doit rencontrer ce mardi des membres de l’opposition parlementaire, des acteurs humanitaires, avant de s’envoler dans la soirée vers Lubumbashi.

La rencontre espérée entre le ministre belge des Affaires étrangères et le président congolais Joseph Kabila devrait avoir lieu mercredi ou jeudi à Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Katanga (sud-est), et non mardi à Kinshasa, a-t-on par ailleurs appris de bonnes sources.