Le mandat du président Joseph Kabila a officiellement expiré mardi à minuit mais la République démocratique du Congo ne connaissait toujours pas le nom du vainqueur de la présidentielle du mois dernier, qui doit être annoncé avec retard mercredi ou jeudi au plus tard.

La Commission électorale (Céni) devait donner le 6 décembre le résultat complet provisoire de l'élection à un tour du 28 novembre, mais un quart d'heure avant l'heure fatidique, son président, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, a annoncé ce report qu'il a justifié par le fait qu'il manquait encore des résultats.

"Nous n'avons pas tous les PV des 169 CLCR", les centres locaux de compilation des résultats, a précisé à l'AFP Matthieu Mpitta, le rapporteur de la Céni.

Interrogé sur le fait que, techniquement, la RDC n'avait plus de président, le vice-président de la Céni a estimé que ce n'était pas un problème.

"Nous avons un président qui est là, nous avons organisé des élections, il reste en fonction jusqu'à l'installation du nouveau président", a précisé à la presse Jacques Djoli.

Officiellement, le nom du vainqueur sera proclamé le 17 décembre par la Cour suprême de justice (CSJ).

Mercredi, "il n'y aura pas d'hécatombe, ni de cataclysme, donc les choses vont continuer jusqu'à l'arrivée du successeur", a commenté M. Djoli.

Faute de résultat final, la Céni a encore donné mardi soir des résultats partiels pour les 11 participants et qui confirment que le sortant Joseph Kabila creuse l'écart sur son principal rival, Etienne Tshisekedi.

Sur un peu plus de 89% des bureaux, Joseph Kabila, 40 ans, élu en 2006, est crédité de 49% des suffrages et devance d'environ 2,6 millions de voix le vieil opposant de 78 ans qui a obtenu 33,3% des voix.

A ce jour la Céni n'a donné aucun chiffre de participation.

Le secrétaire général de l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social de Tshisekedi), Jacquemin Shabani, a répété mercredi que l'opposition rejette ces résultats.

"Le peuple congolais s'est clairement exprimé pour l'alternance telle que confirmée par les résultats affichés dans tous les bureaux de vote", a-t-il dit en dénonçant une publication "tendancieuse, opaque et irresponsable".

Dans ce climat d'attente, aucun incident majeur n'avait été signalé mercredi dans le pays et à Kinshasa, une capitale sous haute surveillance.

La tension ne fait qu'augmenter depuis le jour du vote. Il est très probable que le président Kabila va être proclamé vainqueur, et les leaders de l'opposition vont immédiatement rejeter ce résultat.

"Après on verra", estime toutefois Thierry Vircoulon, directeur Afrique central de l'ONG International Crisis Group (ICG), qui redoute une "réponse très forte" des forces de l'ordre en cas de protestations violentes.

Human Rights Watch (HRW) avait déjà fait état de 18 civils tués, dont 14 à Kinshasa, entre le 26 (dernier jour de campagne) et le 28 novembre (jour du vote), mettant en cause la Garde républicaine (GR, ex-garde présidentielle).

Selon des journalistes de l'AFP et des observateurs, la police se contentait mercredi de disperser rapidement tout rassemblement de jeunes dans divers quartiers de la ville, notamment à Kintambo où des manifestants voulaient incendier l'église où officie habituellement le pasteur Mulunda, le président de la Céni.

Dans un quartier de l'ouest de la ville l'AFP a pu voir une dizaine de jeunes se faire interpeller et a entendu quelques tirs en l'air.

Des jeunes "combattants" avaient monté des petites barricades de fortune avec de grosses pierres. A l'arrivée de fourgons de police, quelques grenades lacrymogènes ont fusé et les manifestants se sont éparpillés dans les ruelles et un bois tout proche, poursuivis par des policiers.