Le Centre pour la coopération internationale (CIC) de l'Université de New York a lié samedi l'expulsion d'un chercheur américain par les autorités de la République démocratique du Congo au récent travail que celui-ci avait coordonné sur une série de massacres dans l'est de ce pays.

Vendredi, un haut-responsable congolais avait indiqué à l'AFP que Jason Stearns, directeur du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) au sein du CIC, avait été expulsé la veille pour avoir "trompé les services de l'immigration" sur son lieu de résidence à Kinshasa.

De même source, on affirmait que l'universitaire avait été invité au Congo "par une ONG qui n'est pas régulièrement enregistrée" dans le pays, tout en soulignant, sans vouloir en dire davantage, qu'il y avait une raison "plus grave" à son expulsion.

"La raison officielle de cette expulsion par les autorités congolaises a été 'l'indésirabilité' de M. Stearns", écrit le CIC dans un communiqué transmis au bureau de l'AFP à Kinshasa.

Elles "ont également fait mention du rapport récent publié par le GEC sur les massacres autour de Beni", ajoute le texte, faisant référence à une vague de tueries ayant coûté la vie à plus de 500 personnes, essentiellement des civils, dans le nord de la province du Nord-Kivu (est du Congo) depuis octobre 2014.

Publié le 21 mars - soit une douzaine de jours avant l'entrée de M. Stearns sur le territoire congolais, ce rapport remet en cause la version des autorités et de la Mission de l'ONU au Congo (Monusco) selon laquelle ces massacres ont été commis par une rébellion ougandaise musulmane installée dans l'est de la RDC depuis 1995 : les Forces démocratiques alliées (ADF).

Il relève la complexité de la violence perpétrée dans la région de Beni, dans cet Est congolais déchiré par les conflits armés depuis plus de vingt ans.

Dans ces conclusions, le rapport du GEC recommande aux autorités congolaises et à la Monusco de reprendre leurs enquêtes sur ces massacres en relevant que "plusieurs groupes" distincts des ADF "semblent être impliqués dans les massacres", parmi lesquels "des membres des FARDC" (Forces armées de la RDC), "des réseaux d'anciens du RCD/K-ML", rébellion ayant tenu la zone pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), "et des milices locales".

Interrogé par l'AFP, le gouvernement avait catégoriquement rejeté ces conclusions en maintenant que les ADF étaient "bel et bien" les responsables de ces meurtres de masse.