L’orage s’éloigne-t-il, à Kinshasa, alors que le "Dialogue" qui devait permettre au président Joseph Kabila de rester en place au-delà de la fin de son second mandat constitutionnel, le 19 décembre prochain, semble enlisé ? L’Onu, la Belgique, les Etats-Unis et la France appellent à l’ouverture d’un "vrai dialogue", inclusif cette fois, destiné à établir un calendrier électoral crédible et respectueux de la Constitution. Selon la presse kinoise, plusieurs ambassadeurs se sont rendus jeudi chez Etienne Tshisekedi pour en discuter. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders a évoqué le nom du diplomate algérien Saït Djinnit pour le présider.

"Un schéma de coup d’Etat"

Après la suspension de la participation de l’Eglise et de la société civile au "Dialogue" mardi dernier, le "co-médiateur" issu de la minorité d’opposants qui a accepté de participer à ces assises, Vital Kamerhe, a jeté l’éponge vendredi. Officiellement "eu égard au drame causé par ces vies fauchées" lundi et mardi derniers. Ces jours-là, la répression à balles réelles d’une manifestation autorisée de l’opposition contre le "Dialogue" a fait au moins 50 morts, selon l’Onu. Les autorités congolaises assurent y voir "un schéma de coup d’Etat" et ont annoncé des poursuites pour "insurrection" contre dix dirigeants de l’opposition.

Si les yeux sont braqués sur Kinshasa, la situation dans le reste de la République ne cesse pas d’inquiéter. Les explosions de violence populaire s’y multiplient, souvent liées à l’inaction de la police contre des bandits ou aux exactions de la police ou de l’armée contre la population. Comme s’il y avait un "ras-le-bol" face aux manquements et abus des autorités, dispensatrices de trop peu de services pour que cela compense leurs faillites.

L’aéroport de Kananga attaqué

Ainsi, une attaque attribuée à la "milice" du grand chef Kamwina Nsapu a eu lieu jeudi vers 11h contre l’aéroport de Kananga. Dix-sept personnes auraient été tuées et d’autres blessées, dont le commandant de la police nationale dans cette capitale du Kasaï central. Deux heures plus tôt, l’annonce de l’attaque avait semé la panique en ville, vidant rapidement le centre et provoquant la mort de trois élèves qui s’étaient jetés par la fenêtre. Kinshasa a envoyé des renforts militaires.

Cette "milice", formée de jeunes et d’enfants, a été formée il y a peu par Kamwina Nsapu, grand chef de Bashila Kasanga, près de Tshimbulu (à 17 km de Kananga), pour "débarrasser le Kasaï central de tous les services d’ordre", auteurs "de tracasseries en tous genres" envers la population. Il a été tué le 12 août dernier, lors d’une opération militaire à Tshimbulu qui a fait "19 morts" selon le gouverneur de la province, "150 morts" selon une déclaration des "notables, personnalités politiques et civiles du Grand Kasaï" réunis à Bruxelles le 25 août et jusqu’à "200 morts", selon ces derniers, lorsque la répression a frappé les localités voisines, dont la mission catholique de Tshikula.

Lynchages et émeutes

Dimanche dernier, la population de Kavumu (à 30 km de Bukavu, Sud-Kivu), qui manifestait contre l’insécurité face au banditisme (17 tués en trois mois), a incendié le parquet de grande instance, un cachot de la ville et le bureau d’une autorité administrative; un civil a été tué par balles durant l’émeute. Celle-ci a suivi deux journées "ville morte" de protestation, le lynchage de deux bandits, et un nouvel assassinat de nuit.

Le vendredi 16, une autre émeute a eu lieu à Lubumbashi (Haut-Katanga), après que la police eut dispersé des jeunes du parti d’opposition UDPS scandant le nom de l’ex-gouverneur Moïse Katumbi, devenu opposant, qui s’est réfugié à l’étranger.

D’autres jeunes se sont joints à ceux de l’UDPS et les heurts avec la police ont duré jusqu’au petit matin, avec pillage de grands magasins (ce qui a mis au chômage 150 personnes, selon le ministre provincial de l’Intérieur) et incendie d’un centre commercial de Kashamata appartenant à un politicien non précisé. Il y a eu 63 arrestations - indiscriminées selon la société civile.

Ces dernières semaines, le Katanga avait déjà connu des émeutes provoquées par des révoltes contre les abus de la police à Kolwezi (deux morts) et à Kasumbalesa (trois morts).