Des opérations militaires dans une commune urbaine auraient fait de nombreux morts la semaine dernière.

Alors que la presse du Kasaï (centre du Congo) se réjouissait, à la mi-mars, de la décision du ministre de l’Intérieur, Ramazani Shadari, de rechercher une solution négociée au soulèvement paysan "Kamwina Nsapu" (une reddition publique d’armes par les miliciens avait même eu lieu au Stade des Jeunes de Kananga), plusieurs sources kasaïennes ont donné à "La Libre Belgique" des détails sur une nouvelle offensive de l’armée contre la population la semaine dernière.

La révolte du chef - tué par l’armée en août dernier - Kamwina Nsapu après la non-reconnaissance par les autorités administratives de son accession à cette charge traditionnelle, le vol des objets rituels liés à celle-ci et la tentative de viol de son épouse, s’était rapidement répandue dans plusieurs provinces en raison du ras-le-bol de la population de se voir maltraitée par les forces de l’ordre et oubliée par ses élus. Peu organisé, le soulèvement compte de nombreux adolescents dans ses rangs et commet de meurtrières violences contre les symboles du pouvoir.

Maison par maison

Dans un communiqué daté de jeudi dernier, le nonce apostolique Mariano Montemayor, le président de la Conférence des évêques du Congo Marcel Mutembi et l’archevêque de Kananga Marcel Madila s’étaient inquiétés de "tueries de civils lors de perquisitions, maison par maison, à Nganza et Katoka II", à Kananga, chef-lieu du Kasaï-central (une des quatre provinces du Grand Kasaï avec le Kasaï, le Kasaï-oriental et le Lomami).

Selon les précisions obtenues de diverses sources par "La Libre Belgique", le gouvernement Badibanga (Premier ministre d’origine kasaïenne, comme nombre de ses ministres), a envoyé par avion des troupes à Kananga le dimanche 26 mars. Elles ont bouclé la commune urbaine de Nganza dès le lundi, contrôlant les habitations une à une "à la re cherche de miliciens de Kamwina Nsapu". Durant trois jours, elles ont ciblé les garçons, à partir "de dix ans", selon une de nos sources, et les jeunes gens; les soldats ont tué sommairement nombre d’entre eux, qu’ils accusent d’être des miliciens. Ils ont aussi cassé des portes d’habitation, exigé de l’argent des habitants, volé GSM, bijoux, montres, écrans plats de TV, motos, etc. "Certains, qui prétendaient ne rien avoir, ont été abattus sur place", nous indique une de nos sources. Une autre rapporte que les militaires en opération commettent aussi des "viols".

L’Onu a indiqué avoir dénombré déjà 23 fosses communes dans le Grand Kasaï.

A la violence de l’armée et de la police, répond celle des miliciens. La ville de Luebo a été attaquée vendredi et celle de Tshimbulu samedi. A Luebo, huit personnes ont été tuées, selon l’administrateur - dont son épouse et des policiers - tandis que les symboles de l’Etat et des bâtiments de l’Eglise catholique - qui a joué en vain les médiateurs pour un partage du pouvoir après la fin du mandat du président Kabila, en décembre - étaient incendiés.