Dans les principales villes, la police s’est déployée mardi en prévision de l’annonce des résultats finaux qui pourrait intervenir ce merecredi, selon un observateur européen. A Kinshasa, place de la Victoire, dans le quartier Matonge et le long de l’avenue Kasavubu, beaucoup de boutiques sont restées closes. Dans le quartier de Limete, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation pour disperser des groupes de jeunes militants de l’UDPS, près de la 12e rue, autour du quartier général du challenger, Etienne Tshisekedi, pour qui s’approche l’heure de la défaite annoncée par la Commission électorale (CENI) : après le décompte de 43 206 bureaux de vote portant sur 67,65 % des voix, il accusait mardi un retard de 1,3 millions de voix sur le chef de l’Etat sortant.

Un couvre-feu a été imposé dans le fief de "Tshitshi", la capitale du diamant Mbuji-Mayi, pratiquement sous état de siège. Magasins, marchés et écoles sont restés déserts, relate Radio Okapi. Dans les principales rues, militaires et policiers se livrent à des fouilles corporelles systématiques sur les passants. De l’aéroport de Bipemba au rond-point de l’Etoile de Dibindi, dix barrages routiers ont été dressés. Ambiance moins tendue à Lubumbashi, capitale du cuivre, après un début de matinée léthargique, aux allures dominicales. Le charismatique gouverneur Moïse Katumbi, grand rabatteur de voix pour le compte du "raïs" Kabila, y a fait la tournée des quartiers pour rassurer tout le monde.

Le pouvoir a montré les dents. Lundi, l’ambassadeur à Londres Kikaya Bin Karubi a prévenu : "Si la situation devient trop chaotique pour la police, nous ferons finalement appel à l’armée." A la Mission de l’Onu pour la stabilisation du Congo, on n’est pas fâché de ce déploiement, car on y craint les réactions de colère des militants de l’UDPS, confie un observateur européen. Lundi, lors d’une réunion lundi avec des diplomates, des représentants de l’opposition ont dénoncé la fraude et désigné Tshisekedi comme vainqueur, rapporte le coordinateur de l’Union sacrée pour l’alternance politique, Eugène Ndiomi.

Or, la Monusco s’est engagée. Lundi, son chef, l’Américain Roger Meece, flanqué des ambassadeurs de Russie et du Gabon, a déclaré avoir obtenu de Tshisekedi l’assurance qu’il attendrait les résultats de la CENI et utiliserait les voies pacifiques pour la résolution des contentieux électoraux. Et la démarche ne passe pas bien dans l’opposition. Car jusqu’à présent les tentatives d’user des voies de recours par celle-ci durant le processus électoral se sont soldées par un échec, peut-être imputable au fait que "les membres de la Cour Suprême" ont été désignés par le Président. Beaucoup de Cassandre prédisent un cycle insurrection-répression. Mais certains ne croient pas au fantasme d’un soulèvement généralisé. "Les gens n’ont pas envie de retrouver le chaos et les pillages, ils savent où ça mène", analyse un diplomate. Un autre sentiment se répand : la tristesse. "Je suis en deuil, notre candidat a gagné mais il ne sera pas Président", confie une femme de ménage kinoise. Et un expatrié belge se fait interpeller en ces termes par ses collègues de bureau. "Pourquoi êtes-vous intervenus en Libye et en Côte-d’Ivoire quand on a tiré sur le peuple et pas ici ? Qu’avons-nous fait de mal ?"