CORRESPONDANTE À STRASBOURG

Il a fallu deux heures aux 582 eurodéputés présents à Strasbourg, jeudi matin, pour voter le fameux rapport Reach et ses nombreux amendements. Un temps record pour un dossier mammouth aux enjeux considérables tant sur le plan de la santé publique et de l'environnement que sur celui de l'industrie chimique dans son ensemble. 398 voix se sont exprimées en faveur du texte final, 148 contre et 36 parlementaires se sont abstenus.

Du côté des «pour», on trouve des partisans du moindre mal parmi lesquels les socialistes belges Véronique De Keyser et Alain Hutchinson. Très réservés au départ, ils se sont finalement résolus à valider un texte qui, s'il ne répond pas à leurs attentes initiales, a le mérite d'exister. « Tous les amendements votés allaient en faveur d'un renforcement des exigences », souligne par ailleurs Alain Hutchinson qui insiste sur les chapitres «autorisation» et «substitution» du texte. Il est vrai qu'en la matière, les eurodéputés ont joué la ligne dure. S'ils sont suivis par le Conseil des ministres, toute substance enregistrée et testée favorablement par la future Agence des produits chimiques obtiendrait une autorisation qui ne vaudrait que pour cinq années, au terme desquelles une nouvelle demande devrait être introduite.

Jonckheer fulmine

Et si, entre-temps, un autre produit moins toxique est élaboré, il devrait obligatoirement être substitué au premier. Le rôle de l'Agence et sa transparence se trouvent également renforcés dans le texte voté par le Parlement, de même que tout ce qui concerne l'information au consommateur, la limitation des expérimentations animales et l'obligation de partage des données sur les substances testées ce qui est un plus pour les PME face aux géants de l'industrie chimique. Toute une série d'acquis qui ont décidé les communistes à se rallier également au texte amendé alors qu'ils avaient élaboré avec les Verts, un plan de «sauvetage» pour un Reach beaucoup plus exigeant. Du côté des ONG environnementales, on se déclare relativement satisfait...

Reste les irréductibles, ceux qui ont refusé de voter «pour». Parmi eux, le Belge Pierre Jonckheer (Verts) qui fulmine contre les quelques membres de son groupe qui ont lâché prise. En cause, le fameux compromis négocié la semaine dernière entre les conservateurs du Parti populaire européen, les socialistes auxquels se sont ralliés les libéraux. Il porte sur la première phase du processus: l'enregistrement.

En prévoyant des tests allégés pour les substances produites entre une et cent tonnes par an et par exploitant (à l'exception de celles notoirement dangereuses) et en introduisant des concepts, tels que degré d'utilisation et d'exposition, ce compromis permet à des milliers de substances chimiques d'échapper aux mailles du filet Reach. Un affaiblissement du texte initial jugé inadmissible par Pierre Jonckheer. «

Le Parlement devait être plus ambitieux », dit-il en s'emportant contre ce compromis négocié entre le socialiste italien Sacconi, en charge du dossier, et le conservateur allemand Nassauer en qui il voit l'éminence grise de la puissante industrie chimique d'outre-Rhin. « On n'en serait pas là sans le changement de majorité à Berlin », conclut-il.

Un point de vue partagé par la libérale Frédérique Ries qui a fait dissidence au sein de son groupe et s'est abstenue lors du vote. Celle-ci qualifie «d'alibi», les acquis du texte sur les chapitres «autorisation» et «substitution». Le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) s'est quant à lui déclaré « profondément déçu » par le vote du Parlement européen.

© La Libre Belgique 2005