Un conseiller municipal de Pieve Saliceto, en Emilie-Romagne, a proposé de rebaptiser en l’honneur de Benito Mussolini une ancienne école du village où le fondateur du parti fasciste italien enseigna en 1902, vingt ans avant de diriger d’une main de fer la péninsule.

"Je ne veux pas exalter la figure de Mussolini comme chef du parti fasciste, mais rappeler celle de l’enseignant dans nos écoles élémentaires", a expliqué Giovani Iotti, un élu du Peuple de la liberté, le parti créé par Silvio Berlusconi. "Les enfants et petits-enfants de ceux qui furent ses élèves en ont entendu parler comme d’un maître sévère, mais bien préparé."

Voilà donc le Duce reprofilé en instit consciencieux et dévoué, caressant avec tendresse les petites têtes brunes (évidemment), avant de se pencher sur leurs devoirs pour y corriger les erreurs de calcul et les fautes d’orthographe. Un brave jeune homme, en définitive, qui eut le tort d’avoir de mauvaises fréquentations, notamment en Allemagne. Ah ! Si seulement il n’avait jamais quitté les bancs de l’école et les cours de récréation.

Notons qu’il n’y a pas qu’à droite et en Italie qu’une certaine nostalgie incite à réécrire l’histoire, à démembrer ceux qui l’ont faite pour n’en garder que tel ou tel trait valorisant, à évacuer ainsi le pire pour ne conserver qu’un éventuel meilleur.

"Le Figaro", dans sa remarquable série d’été "Sur les traces d’Albert Londres", s’est ainsi arrêté vendredi à Magadan. Riante cité de cent mille habitants, sur la mer d’Okhotsk, à 6 000 km à l’est de Moscou, Magadan a été fondée en 1933. Cette date révèle tout : le port servit à amener les proscrits qui développèrent le goulag de la Kolyma. Un enfer qu’a décrit Varlam Chalamov.

Le maître d’œuvre de ce cauchemar, Edouard Berzine, "le père de Magadan", a son buste devant la mairie. Tout le monde ne s’en offusque pas. "Sans Staline et ses crimes, la Russie ne se serait pas relevée de la Première Guerre mondiale", confie Alexandre, 28 ans. "Sans les malheureux du goulag, jamais notre ville n’aurait vu le jour."

A la décharge des résidents de Magadan, l’histoire du stalinisme n’est jamais tout à fait blanche ou noire. Berzine, qui aimait ses enfants, la musique de Tchaïkovsky et de Schubert (il avait discrètement ramené des disques d’un voyage officiel aux Etats-Unis) et les charmes de l’Italie où il passa des vacances, finit par perdre la confiance de Staline. Accusé d’espionnage lors des grandes purges de 1937, il fut exécuté dans les locaux de la Loubianka. Une école porte son nom à Magadan.