La Turquie persiste et signe: elle ne reconnaîtra pas la République de Chypre en entamant ses pourparlers d'adhésion avec l'Union européenne (UE), le 3 octobre prochain à Bruxelles.

Pour le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui était hier en visite à Londres, la question de Chypre ne pourra être résolue que dans le cadre d'un accord de paix. Il a aussi insisté sur le fait que la signature d'un protocole élargissant l'union douanière aux nouveaux membres de l'UE ne consiste pas en une reconnaissance de Chypre.

La signature de ce protocole est l'une des conditions pour le démarrage des pourparlers du 3 octobre. M.Erdogan a reçu hier l'appui de Tony Blair. «Il est simplement important pour nous de réaffirmer le fait légal, qui est que la signature de ce protocole n'entraîne pas la reconnaissance de Chypre», a dit l'actuel président du Conseil européen.

Le problème est qu'Ankara veut accompagner la signature d'une déclaration sur Chypre dont chaque mot et chaque virgule compteront. Annoncée depuis plusieurs semaines, cette déclaration unilatérale de la Turquie était encore en négociation, hier, avec la présidence britannique. La difficulté était dans la formulation. «On ne peut, d'un côté, signer et de l'autre, dire qu'on ne signe pas», résume une source communautaire.

Ankara a en tout cas pris conscience qu'elle ne peut pas brusquer les Européens en pleine crise d'identité après les non français et néerlandais à la constitution. Mais en même temps, Erdogan fait face à un sursaut nationaliste alors que des élections présidentielles et législatives sont prévues en Turquie en 2007.

Une opposition larvée

Quatre pays font actuellement de la résistance à la candidature de la Turquie, en émettant des réserves sur le cadre de négociations présenté le 29 juin par la Commission européenne.

La France et l'Autriche émettent une réserve générale sur le texte de la Commission en insistant sur le fait que les pourparlers avec la Turquie sont un processus ouvert et que la capacité d'adhésion de l'Union a des limites. La Grèce veut davantage sur la question de ses conflits frontaliers avec la Turquie.

Enfin, Chypre exige une reconnaissance de facto, du moins comme Etat membre de l'UE.

«Il est impensable que la Turquie prétende ne pas reconnaître un membre à part entière de l'UE alors qu'elle reconnaît la validité de son vote qui est requis pour l'ouverture des négociations d'adhésion», a commenté mercredi à Nicosie un porte-parole du gouvernement chypriote.

Le chemin de la Turquie vers l'Union est pavé d'obstacles.

Dans leur opposition larvée, différente des réserves chypriote et grecque, la France et l'Autriche pourraient être rejointes par l'Allemagne à l'automne si la chrétienne-démocrate Angela Merkel est élue à la chancellerie. La candidate de la CDU-CSU prône un «partenariat privilégié» avec Ankara.

Mais un raidissement a également surgi en Turquie, un pays fier et souverain. La question de Chypre réveille les ardeurs nationalistes. Des affrontements se répètent avec la guérilla kurde au sud-est du pays, où quinze rebelles du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) ont été tués en début de semaine par l'armée. Et le débat sur le génocide arménien a tourné court: un colloque sur ce thème a été annulé par les autorités tandis qu'un journaliste turc-arménien, Hrant Dink, est en procès pour «insulte à l'identité nationale turque».

© La Libre Belgique 2005