Les familles en deuil et les enquêteurs cherchaient mercredi à comprendre ce qui avait pu pousser un adolescent de 16 ans à provoquer un carnage dans la petite communauté indienne de Red Lake.

Deux jours après la tuerie, la majorité des habitants tenaient à l’écart les étrangers à la communauté et tout particulièrement la presse après avoir renforcé les lois protégeant la vie privée dans leur réserve.

Mais certains acceptent de s’exprimer pour tenter de comprendre les motivations de Jeff Weise qui a tué lundi son grand-père et sa compagne dans leur maison, avant de se diriger vers le lycée de Red Lake où il a abattu cinq lycéens, un professeur et un gardien. Il a blessé grièvement sept personnes avant de retourner l’arme contre lui.

Les motifs de son geste fou ne manquent pas : sa fascination pour le néo-nazisme, une dépression nerveuse, des brimades infligées par ses camarades d’école, une histoire familiale tourmentée marquée par le suicide du père, et des difficultés liées au fait de grandir dans une communauté indienne isolée et très structurée.

Mais la tante de l’adolescent, Kim Desjarlait, a laissé éclater sa surprise dans une interview à une télévision locale. «Ce n’était pas le garçon que je connaissais et il a fallu que je me fasse confirmer» qu’il s’agissait bien de lui, dit-elle. «J’ai été sous le choc lorsque j’ai su avec certitude qui était le tireur».

Jeff Weise a passé les dix premières années de sa vie à Minneapolis, dans le Minnesota. Son déménagement à la réserve de Red Lake a coïncidé avec des tragédies familiales. En l’espace de huit ans, son père se suicide, sa mère souffre de problèmes cérébraux depuis un accident de voiture dans lequel son cousin meurt et sa grand-mère maternelle décède.

Mme Desjarlait explique également que la communauté est une société tribale où les jeunes ne doivent pas faire entendre le son de leur voix. «Et même si Jeff avait eu l’occasion de dire +Je ne veux pas être ici+, on ne l’aurait pas entendu», dit-elle.

Parmi ses camarades de classe, Ashley Morrison lui trouvait un côté obscur : «On a toujours pensé qu’il allait faire quelque chose mais rien de pareil».

Des lycéens affirment que l’adolescent avait une liste des personnes qu’il voulait abattre mais les enquêteurs estiment que la fusillade dans l’école a été menée au hasard.

Cependant, «la nature de l’événement indiquerait qu’il y avait un peu d’élaboration», a souligné un policier, Michael Tabman. Jeff Weise n’a pas laissé de lettre expliquant son geste et la police n’est pas en mesure de confirmer qu’un message envoyé en 2004 sur un site internet néo-nazi et attribué à Jeff Weise a bien été écrit par l’adolescent.

Dans ce message, il exprime son admiration pour Adolf Hitler et dénonce la mixité raciale à la réserve de Red Lake. «Mais c’est dur d’être un Indien nazi», écrit-il. «Les gens sont tellement désinformés, incultes et étroits d’esprit. Cela fait de votre vie un enfer».

Mme Desjarlait ignore le penchant de son neveu pour les thèses néo-nazies mais «ces (néo-nazis) sont les seules personnes à qui ils pouvaient probablement dire sa colère et être accepté», suppose-t-elle. «C’est triste qu’il n’ait pas pu trouver quelqu’un de sa propre tribu pour évoquer ses problèmes ou au moins parler à un membre de sa famille», ajoute la tante. «Nous espérons que l’enquête nous aidera à comprendre ce qui a motivé le geste du jeune homme et pour éviter que ce drame ne se renouvelle», a dit de son côté le juge du District du Minnesota, Tom Heffelfinger.