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La Croatie sera le premier pays d’Europe à préciser par référendum si le mariage doit être une institution exclusivement hétérosexuelle. Les électeurs croates sont convoqués aux urnes dimanche, pour dire s’ils souhaitent que la définition du mariage comme "l’union d’un homme et d’une femme" soit inscrite dans la Constitution. Selon les derniers sondages, près de 70 % des électeurs devraient soutenir cet amendement. Ce référendum sera le troisième de l’histoire de la Croatie contemporaine, après celui sur l’indépendance du pays, en 1991, et celui sur l’adhésion à l’Union européenne, en janvier 2012. C’est aussi le premier référendum d’initiative populaire.

Sa convocation est le résultat d’une intense mobilisation menée par la droite, les milieux nationalistes et l’Eglise catholique : 700 000 personnes ont signé la pétition demandant le référendum, ce qui a mis le Parlement dans l’obligation de le convoquer.

Le fer de lance de la campagne a été l’organisation "U ime obitelji" ("Au nom de la famille"), dont les financements sont forts suspects et qui serait liée à un microparti d’extrême droite, le mouvement HRAST ("Pour une Croatie prospère"), qui n’a même pas de représentation parlementaire. Beaucoup soupçonnent le HRAST de n’être qu’un faux nez du grand parti conservateur, le HDZ, battu aux élections fin 2011, et qui se saisit de la question "du mariage pour tous" pour engager le bras de fer avec le gouvernement de centre-gauche.

Le Premier ministre Milanovic a appelé les électeurs à voter contre le projet de loi, mais la mobilisation est surtout pour le collectif d’organisations "Je vote contre", qui a organisé un grand rassemblement vendredi, sur la place Ban Jelacic, dans le centre de Zagreb. Ce week-end, le collectif appelle les citoyens à allumer des bougies auprès des monuments antifascistes du pays. Neva Tolle, la présidente de la Maison autonome des femmes de Zagreb, dénonce "une repatriarcalisation" de la société et un processus "fasciste" , où l’on s’en prend "d’abord aux gays, puis aux Serbes, ensuite à qui ?"

En effet, d’autres référendums pourraient suivre, notamment sur le statut des langues minoritaires, après les fortes mobilisations des anciens combattants contre l’introduction d’une signalétique urbaine en alphabet cyrillique à Vukovar. Les règles pour obtenir la convocation d’un référendum d’initiative populaire sont assez difficiles à remplir - recueillir en deux semaines le soutien de 10 % du corps électoral, soit un peu plus de 400 000 signatures - sauf pour des organisations puissantes et structurées comme l’Eglise catholique ou les associations d’anciens combattants.

Un tour de chauffe

Pour l’instant, la réponse du gouvernement semble être de vouloir modifier la Constitution, afin de rendre impossible la convocation d’un référendum populaire. La ministre des Affaires étrangères Vesna Pusic a ainsi promis qu’il n’y aurait pas de référendum sur le cyrillique… La politologue Daniela Dolenec dénonce la "volksphobie" , la "haine du peuple" qui caractériserait les élites politiques. Le référendum sur le mariage gay a pourtant d’autant moins d’enjeux que la Croatie dispose déjà d’une forme de contrat d’union civile entre concubins de même sexe, qui ne sera pas remise en cause, tandis qu’aucune loi sur "le mariage pour tous" n’était prévue… La droite conservatrice a donc provoqué "un référendum préventif" , ou plutôt elle a engagé un tour de chauffe pour montrer sa force face au gouvernement de Zoran Milanovic.