La Suisse a réorganisé lundi son gouvernement à la suite de l'élection, le 22 septembre, de deux nouveaux ministres, dont la socialiste Simonetta Sommaruga, qui a donné la majorité aux femmes au sein du gouvernement, une première dans l'histoire du pays alpin.

Composé de sept ministres, le gouvernement helvétique repose sur une "formule magique", une règle tacite qui assure la répartition des sièges au Conseil fédéral entre les principaux partis du pays et qui garantit la stabilité du système politique.

Elue le 22 novembre par le Parlement, la socialiste, âgée de 50 ans, Simonetta Sommaruga se retrouve à la tête du ministère de la Police et de la Justice, auparavant en mains d'Eveline Widmer-Schlumpf, qui reprend les Finances, indique un communiqué du Conseil fédéral.

Le Parti socialiste suisse a critiqué cette nomination, estimant que Simonetta Sommaruga était "victime d’une action punitive", la majorité du gouvernement étant de droite. "La répartition des Départements (ministères), ce lundi, au Conseil fédéral laisse mal augurer de la cohésion future du nouveau gouvernement", avertit le Parti socialiste suisse dans un communiqué.

C'est le libéral radical et chef d'entreprise Johann Schneider-Ammann, élu également le 22 septembre, qui hérite du ministère de l'Economie, convoité aussi par Simonetta Sommaruga, qui s'est fait un nom en tant que présidente de la Fondation alémanique pour la protection des consommateurs.

"Mme Sommaruga ayant été élue avant Johann Schneider-Amman c'est elle qui aurait dû choisir son département, auquel cas elle aurait pris l'économie", a expliqué à l'AFP un porte-parole du Parti socialiste, Jean-Yves Gentil. Il a également trouvé regrettable que Mme Sommaruga, ancienne pianiste professionnelle, reprenne le ministère de la Police et de la Justice puisqu'"elle n'est pas juriste". Ce qu'a également critiqué le parti de droite populiste UDC, le plus important du pays.

"Derrière sa nomination (de Sommaruga à la Police et la Justice) se cache une volonté de la placardiser", a-t-il ajouté, soulignant que le gouvernement avait dû avoir recours à une décision prise à la majorité pour contraindre la ministre socialiste à prendre ce poste. "Ce qui est exceptionnel dans l'histoire", a-t-il précisé.

L'élection triomphale (avec une importante majorité absolue) mercredi de la socialiste Simonetta Sommaruga a fait basculer la Suisse dans l'histoire, en donnant la majorité aux femmes au Conseil fédéral, tout un symbole dans la dernière démocratie d'Europe à leur avoir accordé le droit de vote (en 1971).

Qualifiée de "socialiste réformiste", elle a emmené en 2001 un petit groupe de socialistes, au sommet du Gurten, colline surplombant Berne, pour signer le "Manifeste de Gurten", plaidant en faveur de moins d'Etat dans certains secteurs et d'une politique migratoire plus restrictive. De quoi s'attirer la colère de certains de ses camarades du Parti socialiste, dont elle membre depuis 1986.

Elle prendra ses nouvelles fonctions en novembre. Hormis Eveline Widmer-Schlumpf, d'autres ministres vont prendre la tête de nouveaux ministères. C'est le cas de la présidente, Doris Leuthard, qui laisse l'Economie pour s'occuper de l'Environnement, des Transports, de l'Energie et de la Communication.

La socialiste Micheline Calmy-Rey, qui assurera la présidence en 2011, conserve en revanche sa place aux Affaires étrangères.