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Quand tout le monde pense la même chose, c’est que plus personne ne pense rien." Ce mardi, François Bayrou se gardera bien de répéter ce genre de phrases, aussi mémorables que définitives, qu’il lança à intervalles réguliers ces dix dernières années. Pour justifier son refus d’être amalgamé au sein d’une galaxie centriste inféodée à la droite UMP. Là où avait émigré la masse des ex-bayrouïstes ayant quitté leur mentor, fâchés avec lui parce que, principalement, il n’avait pas appelé ses électeurs à voter Nicolas Sarkozy aux présidentielles de 2007 et de 2012.

Mais "il faut savoir finir la guerre de Cent Ans", selon François Bayrou. Oublié donc, dorénavant, ce divorce centriste. Place au remariage, ce mardi.

Des remariés très légers, électoralement

Laborieuses épousailles : elles sont scellées avec plusieurs semaines de retard sur le calendrier originel. La (seconde) noce va néanmoins susciter un raffut médiatique, bien que le poids électoral des remariés soit léger, dans un système institutionnel français plus que jamais bipolarisé gauche-droite, laissant donc peu de place au centre. Pour preuve, François Bayrou n’a même plus assez de députés pour les compter sur les doigts d’une seule main. Quant aux amis de Jean-Louis Borloo, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, et leader des centristes - jusqu’à mardi -anti-Bayrou, ils ne doivent leurs sièges qu’au bon vouloir des sarkozystes. Qui leur concédèrent des circonscriptions en or, pour les remercier de la bienveillance de leur alliance en forme d’allégeance à l’UMP.

Une alliance relevant de la sujétion, a toujours raillé François Bayrou. Fier, lui, d’incarner "un centre indépendant" : de la gauche comme de la droite. Pourtant, c’est cette même alliance que rejoint à présent le même Bayrou.

"Une troisième voie". Claire ?

Qui dément avoir mangé son chapeau. À l’en croire, c’est François Hollande qui s’est renié. En ne tenant pas les promesses de campagne qui avaient plu au centriste (pause fiscale, référendum, etc.). D’où la décision de ce dernier de rejoindre clairement l’opposition.

D’autant que sa longue traversée du désert en solitaire, outre qu’elle l’a ruiné, lui a apporté la confirmation que "les mouvements singuliers, différents (des deux grands partis), ont beaucoup de mal à trouver leur place". Dès lors, autant tenter de former "une troisième voie, clairement au centre-droit" (dixit Jean-Louis Borloo) : censée être orte, puisque désormais unie.

Plus prosaïquement, ce Pacs Bayrou-Borloo est mu par leur crainte commune de perdre des plumes aux élections européennes de juin 2014, où le Front national va faire un malheur. Avant cela, dès les municipales de mars, ce remariage centriste subira nombre d’infidélités, dans pas mal de localités. Et, bien sûr, il serait très hasardeux de parier d’emblée qu’en 2017, s’il a tenu jusque-là, il donnera lieu à une candidature centriste unique pour l’Elysée.