Mardi matin à Manhattan, une de ces superbes journées de la fin de l’été new yorkais. Et soudain l’enfer se déchaîne. «J’ai vu une énorme boule de feu blanche, et la tour s’est embrasée», dit Lawrence, un employé de Wall Street. Il était quelques minutes avant 09h00, à l’heure où ce quartier de la finance grouille de monde.

Une des deux tours jumelles de 110 étages qui font la fierté de New York vient d’être touchée de plein fouet par un avion. «Il y a eu une énorme explosion, les vitres ont volé en éclats», dit un garde de sécurité de la compagnie téléphonique Verizon, dont l’immeuble est voisin du World Trade Center.

«Les gens ont commencé à descendre en courant, ils criaient, et j’ai été renversé», ajoute-t-il. Des dizaines de chaussures jonchent le sol.

Mais après cette panique initiale, des milliers de personnes se sont rassemblées non loin des tours. «Tout le monde regardait, c’était comme irréel, mais personne ne réalisait vraiment ce qui se passait. C’était presque beau, avec la tour en flammes qui se détachait sur le ciel bleu», dit un jeune financier allemand, Thorsten.

Mais un quart d’heure plus tard, un deuxième appareil vient s’encastrer dans l’autre tour, le One World Trade Center. Dans la confusion, personne ne sait vraiment quelle heure il est, de quelle sorte d’avion il s’agit.

«C’était un avion commercial argenté qui s’est délibérément jeté sur la tour», affirme Lawrence. Mais un autre témoin affirme avoir vu un hélicoptère. «Ca m’a rappelé le film Independence Day, lorsque l’OVNI détruit un immeuble», raconte Dominic Lombardo, un analyste financier de 34 ans qui travaille au 82ème étage de la tour 2 du World Trade Center.

Dans tout ce quartier du sud de l’île de Manhattan, centre mondial de la finance, c’est alors le chaos, des centaines de gens courent en tous sens. Selon les témoins, les premiers secours sont arrivés très vite, police, pompiers, ambulances, le FBI, dans une cacophonie de sirènes. «Ils étaient là en quelques minutes», dit Thorsten.

A l’intérieur de la tour, c’est l’enfer. «Nous avons entendu une énorme détonation, tout le bâtiment a tremblé et des choses ont commencé à tomber du toit», a déclaré Ciara Linnane, journaliste à l’agence financière AFX, une filiale de l’AFP, dont les bureaux se trouvaient au 52ème étage. «Cela nous a pris une heure pour descendre les escaliers et quand nous sommes arrivés en bas, il y avait des pompiers qui montaient avec beaucoup d’équipements», a-t-elle dit. «Il y avait de la fumée dans les escaliers, dans le couloir. Quand nous sommes arrivés dans le hall, il était complètement détruit, il y avait du verre et de l’eau partout», a poursuivi Ciara Linnane.

«Nous étions complètement trempés. Nous avons dû courir à travers le hall. Le bâtiment était très instable, ils pensaient qu’il allait s’effondrer», a-t-elle ajouté.

Alors que des milliers de personnes regardent, la foule soudain se fige: «mon dieu, mon dieu», crie une femme hébétée, alors que seules les sirènes brisent le silence.

Devant la Mairie de New York, à quelques centaines de mètres des tours, personne ne réalise immédiatement ce qui se passe. Dans un grondement semblable à un tremblement de terre, le sommet de la tour sud craque, puis les 415 mètres de béton et de verre s’effondrent, comme au ralenti, projetant des débris partout à la ronde.

Puis un énorme nuage de fumée, acre, très épaisse, s’élève lentement et commence à recouvrir tout le quartier. Après de premiers instants de paralysie et d’incrédulité, la foule fuit ce nuage, comme si c’était un nuage toxique, courant et criant. Une femme s’évanouit.

«Ce fut soudain la nuit. Il faisait si sombre que l’on ne pouvait voir son voisin», dit Lawrence.

Couverts de la tête aux pieds de poussière blanche, les premiers mots de ces témoins évoquent un spectacle de guerre, même d’hiver nucléaire. «Je pense que c’était comme à Hiroshima», ville japonaise qui fut rayée de la carte en 1945 par une bombe nucléaire lâchée par un avion américain, dit l’un d’eux.

Une demi-heure après, le même scénario s’est reproduit pour la deuxième tour, qui s’est effondrée comme un chateau de cartes, répandant des milliers de tonnes de débris dans les rues environnantes. Un monstrueux nuage de poussière recouvre alors tout le sud de l’île de Manhattan.