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La pagaille ! Alors que les quatre prétendants à l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine du 6 novembre se préparaient à débattre, mercredi soir, à Mesa, dans l’Arizona, pour la dernière fois avant les primaires du 28 février (dans l’Arizona et le Michigan) et du 6 mars (dans une dizaine d’Etats, mobilisés pour le traditionnel “Super-Mardi”), plus personne n’osait se prononcer sur celui des candidats qui paraît le mieux placé pour affronter Barack Obama. La situation est devenue tellement confuse qu’est désormais évoquée ouvertement, dans les rangs du Parti républicain, la possibilité de choisir un “outsider” lors de la Convention du mois d’août à Tampa.

L’annonce que les caucus du Maine allaient faire l’objet d’un nouveau décompte des voix susceptible de remettre en cause la victoire à l’arraché de Mitt Romney (avec 194 voix d’avance sur le député du Texas Ron Paul, le 11 février), est venue renforcer cette impression de confusion et rappeler le fâcheux précédent de l’Iowa, où l’ancien gouverneur du Massachusetts avait déjà été dépossédé d’une courte victoire au profit de l’ex-sénateur de Pennsylvanie, le catholique conservateur Rick Santorum.

Pour symbolique que serait une révision du résultat dans le Maine, elle viendrait ajouter aux déboires de Romney, qui semble pédaler dans la choucroute depuis sa facile victoire en Floride, le 31 janvier. Il a concédé trois Etats à Santorum (Minnesota, Colorado, Missouri) et sa machine électorale ne parvient pas à remonter sur les rails. Le candidat, rapporte l’agence Reuters, débite mécaniquement ses discours comme s’il avait peur de rater l’avion pour l’étape suivante, et lâche des remarques aussi incompréhensibles que saugrenues – il s’est ainsi félicité que les arbres, dans le Michigan, soient “à la bonne hauteur”.

Le Michigan hante, il est vrai, Mitt Romney. Son père en fut le gouverneur et il y a grandi. Logiquement, cet Etat du vieux tissu industriel américain (le “Rust Belt”) devrait tomber facilement dans son escarcelle, le 28 février, mais les sondages donnent, au contraire, une légère avance à Rick Santorum. Ce n’est guère surprenant quand on sait que Romney a multiplié les bévues, la moindre n’étant pas d’avoir publié dans un journal de Detroit un article critiquant le sauvetage de l’industrie automobile par le gouvernement fédéral. Detroit et le Michigan vivent de l’automobile…

Les perspectives en Arizona ne sont guère meilleures. Mitt Romney devrait y être de nouveau le favori. Il jouit du soutien de la star politique locale, le sénateur John McCain (qui lui ravit l’investiture républicaine en 2008), et cet Etat du Sud-Ouest compte une petite communauté de mormons susceptible de lui donner un coup de pouce. Malgré quoi, Rick Santorum mène ici aussi d’une courte tête dans les sondages.

Cet ascendant se traduit dans les enquêtes d’opinion à l’échelon national. Santorum, qui mène une campagne aux allures de croisade sur les thèmes de la foi et de la famille, devance désormais Romney dans les intentions de vote. Ron Paul et le quatrième larron, Newt Gingrich, ancien “speaker” de la Chambre, sont pour l’heure relégués loin derrière.

Les caciques du Parti républicain doutent, cependant, que Rick Santorum puisse, s’il est choisi, battre Barack Obama sur une plate-forme aussi radicale. Et comme Mitt Romney ne réussit pas à rassembler, d’aucuns songent à une solution de rechange qui appartient à un lointain passé : une “Convention négociée” (“Brokered Convention”) lors de laquelle les délégués se mettraient d’accord sur un candidat qui ne s’est pas présenté aux primaires. Des noms circulent déjà : les gouverneurs de l’Indiana et du New Jersey, Mitch Daniels et Chris Christie. Ou une certaine Sarah Palin…

© La Libre Belgique 2012