Le président américain Donald Trump a donné mardi le feu vert au Pentagone pour envoyer des renforts en Afghanistan, une décision qui marquerait un revirement de la politique de désengagement amorcée par son prédécesseur, Barack Obama, lors du sommet de l’Otan à Chicago en 2012. Obama avait parlé d’un " moment clé " qui visait à donner graduellement aux forces afghanes la responsabilité de la sécurité de leur territoire.

Mais la persistance des attaques des talibans, avec qui un accord politique n’a jamais été possible, puis l’émergence dans certaines régions d’une version afghane de l’Etat islamique, ont réduit à néant les espoirs afghans et occidentaux.

Le secrétaire à la Défense Jim Mattis a désormais les mains libres pour répondre à l’appel lancé en février par le général américain John Nicholson, commandant de la force internationale déployée en Afghanistan.

Les alliés sondés par l’Otan

On évoque au Pentagone l’envoi de 3 000 à 5 000 soldats américains supplémentaires, qui viendraient s’ajouter aux quelque 9 800 toujours dans ce pays. Les Etats-Unis participent à la fois à la force internationale ("Resolute Support") en soutien aux forces afghanes et à des commandos chargés de traquer Al-Qaïda et autres groupes qualifiés de terroristes.

Les Etats-Unis, via l’Otan, ont commencé à sonder leurs alliés pour voir s’ils peuvent eux aussi déployer de nouvelles troupes. La Belgique conserve une vingtaine de militaires à Kaboul dans différents quartiers généraux et une unité logistique. Une demande de "force generation" est "à l’étude" au niveau de l’état-major belge, nous indique un porte-parole de la Défense.

Les talibans n’ont jamais renoncé à reprendre le pouvoir et ont refusé de s’engager sur un plan de paix, dénonçant le gouvernement de Kaboul et son président élu Ashraf Ghani comme des "marionnettes" des Occidentaux.

C’est l’inverse qui est en train de se produire. "En ce moment, je pense que l’ennemi progresse", a reconnu Jim Mattis le 13 juin promettant de "corriger cela le plus rapidement possible". Les Etats-Unis sont alarmés par les pertes subies par l’armée afghane et les attentats. L’un d’eux a fait plus de 150 morts le 31 mai dans le quartier diplomatique de Kaboul, accroissant la colère des Afghans face à leur gouvernement.

Donald Trump a déjà délégué au Pentagone les opérations en Syrie et en Irak, avec l’intention de donner plus de latitude aux militaires pour intervenir en continu, sans débat interne à l’administration, dans les opérations. Il est aussi partisan de la manière forte et immédiate. L’armée américaine a lancé une frappe punitive de 59 missiles contre une base de l’aviation syrienne après l’utilisation d’armes chimiques et largué, le 13 avril, la "mère de toutes les bombes" sur un réseau de tunnels de l’EI dans la province de Nangarhar en Afghanistan.