Le chef du parti islamiste tunisien Ennahda - réprimé par le régime du président Ben Ali, qui vient d’être renversé -, Rached Ghannouchi, est rentré dimanche en Tunisie, après un exil de 22 ans en Grande-Bretagne. Samedi, une manifestation de centaines de femmes a eu lieu à Tunis pour protester contre toute velléité islamiste de restreindre les droits acquis par les femmes en Tunisie. Plusieurs milliers de personnes ont, de leur côté, accueilli l’islamiste à l’aéroport de Tunis aux cris de "Allah akbar".

A son départ de Londres, le leader islamiste, âgé de 69 ans, est apparu souriant, posant pour les photographes devant un drapeau tunisien. Interrogé sur ses intentions politiques, il a indiqué : "Si des élections libres et équitables sont organisées, Ennahda y prendra part. Aux élections législatives, pas à la présidentielle", a-t-il ajouté, selon des propos traduits par sa fille, qui l’accompagnait. "Nous ne croyons pas qu’un parti unique puisse gouverner. Un gouvernement d’union nationale serait le plus approprié pour l’instant", a-t-il estimé. "La situation politique est encore confuse. Le gouvernement intérimaire change de ministres tous les jours. Il n’est pas encore stable et ses pouvoirs ne sont pas encore clairement établis. On ne sait pas clairement pour combien de temps il sera là", a dit M.Ghannouchi.

Interrogé sur la manifestation des femmes hostiles à son retour en Tunisie, l’islamiste a répondu: "C’est une crainte basée sur l’ignorance", l’anc ien régime tunisien s’étant efforcé de "travestir tous ses opposants, de les traiter de terroristes". Si Rached Ghannouchi avait fondé en 1981 Ennahda (Renaissance) avec des intellectuels inspirés par les Frères musulmans égyptiens, il se dit en effet aujourd’hui représentant d’un islam modéré, proche de l’AKP turc. " La plupart de nos livres ont été traduits en turc et ont formé la base intellectuelle de l’AKP", a affirmé le dirigeant islamiste, interrogé sur sa position vis-à-vis de l’instauration de la loi islamique en Tunisie. " Tout cela n’a pas lieu d’être en Tunisie. Pendant de nombreuses années, nous nous sommes accordés avec les partis d’opposition sur une base commune, qui comprend la reconnaissance de la liberté de conscience et du pluralisme politique... Et nous nous sommes également accordés, par écrit, sur l’égalité des sexes ", a-t-il assuré. (avec AFP)