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Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a appelé dimanche tous les pays voisins de la République démocratique du Congo (RDC) et en particulier le Rwanda, à s'abstenir de tout soutien à la rébellion congolaise du Mouvement du 23 mars (M23), sous peine d'une "escalade" dangereuse pour Kigali. Ce qui pourrait se traduire par des sanctions internationales, a-t-il laissé entendre.

Le chef de la diplomatie belge, qui termine par le Rwanda une tournée d'une semaine en Afrique centrale qui l'a auparavant conduit en République démocratique du Congo (RDC) voisine, s'exprimait à l'issue d'un entretien de deux heures avec le président rwandais Paul Kagame et sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, axé sur les relations bilatérales mais dominé par la situation dans l'ex-Zaïre, dont l'est est en proie à la mutinerie du M23 depuis le mois d'avril.

"Il y a beaucoup de choses à faire à Kinshasa (de la part des autorités congolaises pour instaurer un état de droit sur son territoire), mais il y a aussi beaucoup de choses à faire dans les pays voisins" pour éviter toute ingérence, a-t-il dit lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue rwandaise.

Après les explications que Mme Mushikiwabo doit fournir la semaine prochaine aux Nations Unies - elle doit notamment s'adresser au Conseil de sécurité et au groupe d'experts du comité des sanctions frappant la RDC mis en place pour contrôler un embargo sur les armes à destination des groupes armés -, "nous aurons peut-être des décisions à prendre", a lancé M. Reynders sur le ton de la menace, dans une allusion aux mesures de suspension d'aide (parfois symboliques) déjà prises par certains pays occidentaux.

"Si le Rwanda montre qu'il agit positivement, il n'y aura pas lieu de prendre des sanctions", a-t-il par la suite précisé. Il a aussi insisté sur l'urgence d'une pacification de l'est de la RDC - "car le temps joue en faveur des rebelles" qui ont établi leur propre administration sur la zone du Nord-Kivu qu'ils contrôlent -, avant l'instauration d'un dialogue sur des questions à "moyen et à long terme", de préférence dans un cadre régional.

Le Rwanda est soupçonné par l'ONU, et accusé par la RDC, de soutenir une mutinerie dans la province du Nord-Kivu (est), menée par un groupe de membres de l'ex-rébellion du Conseil national pour la Défense du Peuple (CNDP) qui avaient été intégrés en 2009 dans l'armée congolaise. Kigali dément toute implication et Mme Mushikiwabo l'a réaffirmé dimanche, tout en s'étonnant que le Rwanda n'ait pas eu la possibilité de se défendre face à des accusations qu'elle a qualifiées d'"infondées", ce qu'elle compte faire à New York.

Elle a précisé devant la presse qu'elle s'y rendait à la demande du Rwanda pour "fournir des explications" aux accusations portées contre Kigali. Une annexe à un rapport d'un groupe d'experts onusiens, publiée le 27 juin dernier, accuse nommément cinq officiers de l'armée rwandaise - dont le ministre rwandais de la Défense, James Kabarhebe, le chef d'état-major, le général Charles Kayonga et l'ancien chef de renseignements militaires, Jacques Nziza - d'être les principaux responsables de cet appui aux rebelles de l'est congolais.

Les pays de la région ont trouvé un accord de principe au déploiement d'une "force internationale neutre" chargée d'"éradiquer" les groupes armés opérant dans l'est de la RDC. Leurs chefs d'État doivent se revoir les 7 et 8 septembre à Kampala pour progresser dans sa mise sur pied, un sommet où la Belgique sera représentée, selon M. Reynders.

Tirant par la suite les conclusions de sa tournée, il a affirmé avoir perçu une "ouverture" de la part tant de M. Kagame que de la part du président congolais Joseph Kabila, qu'il avait rencontré mercredi dans son fief de Lubumbashi (sud-est). Tous deux sont prêts à accepter un "rôle actif de la Belgique", a-t-il souligné devant quelques journalistes, insistant sur la nécessité de "recréer la confiance" entre Kinshasa et Kigali.

Des points positifs dans les relations belgo-rwandaises

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a affirmé dimanche avoir constaté "un nombre de points positifs" pour les relations bilatérales parfois tendues entre la Belgique et le Rwanda, dont l'octroi plus rapide de visas par les autorités de Kigali pour les Belges désireux de se rendre au pays des Milles Collines. "Le président (Paul) Kagame a été très clair (sur l'octroi de visas) sur des délais plus courts", a-t-il affirmé à quelques journalistes à l'issue d'un entretien de deux heures avec le chef de l'État rwandais, au dernier jour d'une visite d'une semaine en Afrique centrale qui l'a aussi conduit en République démocratique du Congo (RDC voisine).

Les autorités rwandaises ont imposé l'an dernier un délai de 21 jours pour la délivrance d'un visa aux - relativement nombreux - Belges qui veulent se rendre au Rwanda pour y faire du tourisme, des affaires ou participer à des projets de développement. Le Rwanda est en effet, après la RDC et avant le Burundi, le deuxième bénéficiaire de l'aide publique au développement. La Belgique y est le troisième donateur, après les Etats-Unis et le Royaume Uni.

Selon M. Reynders, des investissements belges plus importants sont aussi envisageables au Rwanda, notamment dans les secteurs de l'énergie et de l'assainissement de l'eau. Il a ainsi suggéré à M. Kagame l'envoi d'une délégation économique à Bruxelles pour étudier davantage les possibilités.

La Belgique envisage également de financer une extension du mémorial de Gisozi, près de Kigali, érigé en mémoire des victimes du génocide de 1994 au Rwanda, qui a fait quelque 800.000 morts selon l'Onu, principalement des Tutsis. Un projet d'extension en vue du 20ème anniversaire du génocide, en 2014, est à l'étude et la Belgique pourrait y contribuer financièrement, comme elle l'avait fait pour la construction, a souligné le ministre.