Armand de Decker est sénateur MR

Est-il opportun que le ministre des Affaires étrangères se rende maintenant au Congo ?

Je constate que pour les élections récentes, il y a eu des déclarations catégoriques disant que ces élections ont été truquées. Rien n’est prouvé. Il serait très dangereux que la Belgique déclare que tout était faux, parce que la pression de la rue monterait alors que les choses sont relativement calmes dans la capitale aujourd’hui. L’attitude que nous prenons a une énorme influence notamment dans le pays mais aussi sur les Etats-Unis et le reste de l’Europe. Il faut être prudent ou détenir des preuves évidentes avant de lancer des accusations. Dans ce contexte, il est positif que le ministre des Affaires étrangères se rende maintenant au Congo.

L’Europe et la Belgique doivent-ils continuer à financer le processus électoral au Congo ?

C’est que avons exigé qu’il y ait des élections tous les cinq ans. Nous avons organisé les premières élections en démontrant à la communauté internationale qu’il y avait moyen de le faire. Tout le monde doutait que l’on puisse interroger à travers le pays une population suffisamment représentative, et à l’époque, la Belgique a démontré qu’il était possible de faire quelque chose. Nous avons pris la responsabilité, la Belgique avec la communauté internationale, de dire qu’il faut des élections tous les cinq ans. Et la communauté internationale a financé la première expérience avec un montant considérable qui dépassait les 400 millions de dollars. Nous avons aussi beaucoup fait pression pour qu’on respecte des délais et qu’il y ait des élections cinq ans plus tard. J’ai l’impression que ceux qui ont mis en doute la légalité de ces élections, en affirmant qu’elles ont été truquées, ont pris une lourde responsabilité. De toute façon, l’écart est suffisant pour qu’on pense que l’ordre d’arrivée reste valable, même si il y a eu des irrégularités. J’ai aussi parlé avec certains qui sont allés observer les élections. La Chambre et le Sénat ont envoyé des observateurs. Aucun n’est rentré en disant que tout cela était faussé.

Est-ce que la situation des droits de l’homme a évolué positivement au Congo ?

Le régime n’a pas fondamentalement convaincu ces dernières années et il y a dans le chef de certains une déception. Ceci étant dit, je pense que De Gucht a eu, comme ministre des Affaires étrangères, il y a quelques années, une attitude agressive contre le régime Kabila. Alors que jusque-là, la Belgique avait eu une influence réelle sur le président et sur l’ensemble du régime. Cela n’a donc pas été une bonne idée. Nous avons perdu cette position d’influence. Par contre, les Chinois pendant cette époque ont pu mettre en œuvre très vite des projets de développement. Et c’est la Chine qui a plutôt repris l’influence, avec de la part des Chinois un intérêt pour les droits de l’homme qui n’est pas comparable au nôtre. Ce qu’il faut faire au Congo, c’est encourager le monde politique et la population à suivre la meilleure voie.