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A 300 mètres d’un des commissariats les plus importants d’Athènes se trouve le quartier général du parti politique néo-nazi Aube Dorée. On ne peut pas le louper. Son nom, en grec XRISSI AVGHI, est inscrit sur les tentures du balcon en grosses lettres blanches sur fond rouge avec son slogan si particulier : "La Grèce appartient aux Grecs", encadré des méandres grecs qui évoquent très fortement les svastikas hitlériennes.

Dès 19 heures, les militants se rassemblent au bas de l’immeuble. Les hommes ont tous le même uniforme : crânes rasés et blousons de cuir. Les femmes les plus âgées font penser à ces femmes populaires fatiguées de lutter, les plus jeunes sont toutes sur leur trente et un, intensément maquillées. Lorsque l’on monte les escaliers en béton, on sent l’effervescence. Il y a les militants qui accueillent les nouveaux venus, de plus en plus nombreux; ceux qui chapeautent les journalistes, aussi de plus en plus nombreux; ceux partent en groupe coller des affiches; ceux qui amènent le dernier journal, vendu 1,50 € et écrit uniquement par des militants. Tous ont une même attitude : une extrême méfiance envers la presse et un langage policé proche du politically correct d’outre-Atlantique. Dérangeant tellement il sonne faux.

Il y a quelques mois dans ce même local étaient proposés à la vente plusieurs livres à la gloire du IIIe Reich et un certain nombre d’autres remettant en cause la Shoah. Aujourd’hui à l’approche des élections, on a fait place nette. Il n’y a que deux livres sur la question. En revanche, campagne électorale oblige, un stand vendant des briquets et des tee-shirts avec le logo du parti occupe le devant de la scène. Des bons de soutien à 10 € sont aussi proposés aux sympathisants. Et plus loin au fond de la pièce, derrière un rideau, des chômeurs grecs peuvent venir chercher des vêtements et même une aide alimentaire.

"Nous, nous n’avons aucun soutien financier , souligne fièrement Giorgos Germenis, boulanger de son état, et candidat dans la seconde circonscription d’Athènes, responsable par ailleurs de la communication au sein du parti. Nos seules ressources sont les dons de nos membres." Giorgos est entré dans le mouvement alors qu’il était lycéen. "C’était pendant l’affaire macédonienne dans les années 90 , se souvient-il. On manifestait dans la rue et les gens de Xrissi Avghi étaient les seuls qui présentaient bien. J’ai été dans leurs locaux. Depuis je n’en suis pas sorti" , dit-il en riant. Sa femme est même responsable de la branche féminine du mouvement. "Voir Xrissi Avghi entrer au Parlement, alors qu’il y a quelques années on ne pouvait même pas hisser notre drapeau, est inespéré" , dit-il.

Son programme tient essentiellement sur deux points : dénonciation du mémorandum d’austérité et fermeture des frontières gréco-turques, avec des mines antipersonnel pour arrêter le flux de migrants. "Il faut que l’armée retourne garder nos frontières maritimes et terrestres , martèle Giorgos. Nous avons deux millions et demi d’immigrés , assure-t-il. Ils ne sont pas comme les précédents (les Albanais et les balkaniques des années 90), ils ne sont pas chrétiens, on n’a rien en commun avec eux, il faut les renvoyer chez eux. Ici ils ne font rien d’autre qu’être exploités."

Un message reçu cinq sur cinq par les habitants des quartiers ghettoïsés de la capitale, totalement abandonnés par les autorités grecques. Comme cette femme d’une soixantaine d’années rencontrée le soir à 23 heures place Agios Panteleimonas : "Regardez, je peux sortir de chez moi et je porte mon collier de perles ! Avant c’était impossible. On ne pouvait pas marcher dans la rue tellement il y avait d’immigrés. On avait peur. Les seuls qui nous ont aidés, c’est Xrissi Avghi. C’est eux qui les ont fait partir. Quand on appelait à l’aide ils arrivaient plus vite que la police. C’est pour eux que je vais voter." Même son de cloche chez son voisin : "Je suis chômeur , précise-t-il. Ils m’ont donné des vêtements et même un peu d’argent de poche, ils viennent voir comment on va, ils s’inquiètent de nous. Ils accompagnent des personnes âgées à la banque pour qu’elles ne se fassent pas agresser."

Ce travail de terrain, réel dans les quartiers défavorisés, défigurés par les tags, ou les poubelles jonchent les trottoirs, explique en partie le succès de Xrissi Avghi qui est créditée de 7 % d’intention de vote soit au moins 10 sièges. Nasso, avocat et militant de gauche, en a mal au ventre. "Au lieu d’aller taper sur du facho tous les soirs à Agios Panteleimonas, il aurait mieux valu être près des gens qui avaient réellement un problème. Maintenant, ils vont entrer au Parlement. La bataille est perdue."

Pas pour Odysseas Boudouris. Pour ce député socialiste radié du Pasok car il a refusé de voter pour le second mémorandum d’austérité, "il faut que la gauche fasse son autocritique sur la question de l’immigration. Longtemps ses seules réactions étaient dictées par des principes humanitaires tout à fait honorables et valables, mais ils ne réglaient pas le problème" .

Aujourd’hui, il a rejoint le parti de la Gauche démocratique de Fotis Kouvelis qui risque fort de créer la surprise. Odysseas Boudouris, médecin, se présente dans la même circonscription que Giorgos Germenis de Xrissi Avghi. "On ne peut pas renoncer à nos principes démocratiques , insiste M. Boudouris. Mais il va falloir expliquer ce qu’est ce parti, le fascisme, et rappeler que nous l’avons connu ici en Grèce, il n’y a pas si longtemps que cela" (sous la dictature des colonels, de 1967 à 1974, NdlR) . Comme beaucoup Odysseas Boudouris se demande ce qu’il fera si vraiment "ces néo-nazis" obtiennent des sièges au Parlement. "Je quitterai l’assemblée lors de leur discours, c’est le minimum . Mais on ne pourra pas faire comme s’ils n’étaient pas là, parce qu’ils auront été élus légalement."