Alors qu'il peut enfin sortir de l’hôpital ce mardi, le dessinateur Riss, le bras en écharpe, a accordé sa première longue interview à nos confrères du Monde. Celui qui est amené à remplacer Charb à la tête de Charlie Hebdo se confie sur la fusillade, la peur et l'avenir de l'hebdomadaire satirique.

Laurent Sourisseau de son vrai nom explique que, quand il a entendu le premier coup de feu, à l'extérieur de la salle de rédaction, il a cru que "c’était un radiateur qu’on venait d’installer et qui explosait". Il s'est ensuite jeté par terre. "A partir de ce moment-là je n’ai plus entendu que des sons. Et les sons en question, c’étaient des coups de feu. Pas de cris, pas de hurlements. Juste des coups de feu."

Le caricaturiste âgé de 48 ans poursuit : "Moi, j’ai fait le mort, si on peut dire. Le tueur qui était entré m’a tiré dessus un peu au jugé. J’ai pris une balle dans l’épaule mais je pense qu’il s’est surtout attardé sur ceux qui étaient debout". Ensuite, les frères Kouachi se sont assurés que Charb avait bien été assassiné. Riss précise qu'ils se sont concertés et ont dit "Oui, c'est Charb, c'est bien lui".

Les coups de feu ont ensuite retenti dans la rue. "J’ai compris qu’ils étaient sortis et que la fusillade se poursuivait dehors mais je continuais à ne pas bouger parce que je me demandais s’il n’y en avait pas un qui était encore là, peut-être à attendre de nous piéger, de voir qui était rescapé et de nous achever. Ce dont j’avais peur, c’était qu’on nous achève."

Ce sentiment de peur va également glacer Riss lorsqu'il se trouve dans sa chambre d'hôpital. Il évoque l'angoisse que "les tueurs viennent m'achever". "La première nuit, j’ai entendu une porte qui claquait et j’ai commencé à me demander s’il valait mieux me planquer dans les toilettes, quitte à révéler ma présence à cause du loquet fermé, ou dans le placard sans loquet, en misant sur le fait que les gars n’auraient peut-être pas l’idée de regarder dans le placard…"

Immédiatement après l'attaque, alors entouré de pompiers, Riss s'est questionné sur son avenir. "Je me disais 'je ne ferai plus ce métier'. Car on ressent le rejet de plein fouet. On ne veut pas de vous. Alors on n’a qu’à disparaître." Le soutien des gens a alors été primordial. "C’est pour cela qu’il nous faut réinventer le journal", soutient-il.

Il évoque cependant les doutes et les difficultés pour les membres du journal à dépasser le drame. "Ce qui plombe tout cela, c’est de penser à ceux qui sont morts. On y pense tout le temps."

Questionné sur l'avenir proche du journal, Riss affirme que le prochain numéro ne paraîtra pas le 28 janvier et qu'il ne comptera pas forcément 16 pages, comme habituellement. "Il nous faut réinventer le journal. Il faut transformer cette épreuve en quelque chose de créatif."

"Malgré l'hécatombe, il y a toujours une équipe (...) Après, il y a le problème du dessin, qui est capital pour l'identité de Charlie. Et là, on a vu disparaître des poids lourds et ce n'est pas demain la veille qu'on trouvera des gens aussi extraordinaires. Un jour peut-être, mais il y a presque une autre génération de dessinateurs à faire venir", ajout-t-il, estimant que c'était au tour des survivants de "transmettre aux plus jeunes".

Le directeur de la rédaction affirme qu'il créera à nouveau un binôme, comme il le faisait avec Charb. "Je vais travailler avec Gérard Biard (NdlR : le rédacteur en chef de Charlie hebdo)", précise-t-il. Et d'ajouter que, concernant la laïcité, "Charlie restera dans la même ligne".


La longue interview du Monde est à découvrir ici.