La France poursuit-elle la politique menée sous Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms ? La multiplication de démantèlements de camps de Roms et leurs expulsions, ces derniers jours, rappelle la ligne dure et sévère de l’ancien président français, de droite, Nicolas Sarkozy. Jeudi, les forces de l’ordre françaises ont démantelé deux campements de quelque 250 Roms, dont une soixantaine d’enfants, à Hellemmes, près de Lille, à la demande d’un collectif d’habitants du quartier concerné, qui se plaignaient des désagréments liés à cette cohabitation. A Lyon, un charter de 240 Roms de Roumanie bénéficiaires de l’aide au retour (créée en 2007, qui offre un billet d’avion, 300 euros par adulte, et 100 euros par enfant), dont de nombreux enfants, a quitté Lyon jeudi. Direction : Bucarest. D’autres campements, dans les régions de Lyon et de la capitale française, ont également été démantelés récemment.

Et les campements illicites de Roms continueront d’être évacués, "chaque fois que cela s’impose, et avec fermeté" , a réaffirmé le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, dans un communiqué. Le ministre socialiste justifie sa politique, engagée sous le mandat de Nicolas Sarkozy, par "des risques sanitaires" de "ces campements insalubres" .

Mais pourquoi le président français François Hollande, qui prônait "le changement maintenant" durant sa campagne à l’élection présidentielle, marque aujourd’hui une continuité avec la politique de son prédécesseur à l’égard des Roms. "C’est peut-être de la communication politique pour montrer que le nouveau gouvernement ne sera pas laxiste, comme l’a laissé entendre le pouvoir sortant, mais peut aussi se montrer dur sur l’immigration en général, et sur la question des Roms en particulier" , estime Marco Martiniello, professeur de sciences humaines et sociales à l’Université de Liège, et directeur du Centre d’études de l’ethnicité et des migrations.

"Les démantèlements, les expulsions, expulser des gens, et démanteler des habitations, ça ne résout rien en terme d’efficacité politique. Je ne vois pas à quoi ça sert sinon à rassurer une partie de la population qui est effrayée par l’immigration, et par les Roms" , ajoute le sociologue, interpellé par l’attitude d’un Etat "supposé être l’inventeur des droits de l’homme". Et s’interroge : "Il faut voir si cette politique de démantèlement des camps de Roms, et d’éloignement du territoire de citoyens européens, entre en contradiction ou pas avec le principe de la liberté de circulation des ressortissants de l’Union européenne."

La question est sensible, alors que certains Etats membres ont tendance, actuellement, à s’ériger contre la communautarisation des questions relatives aux frontières. On se souvient que Nicolas Sarkozy avait menacé, en mars, à Villepinte, de quitter l’espace de libre circulation Schengen - s’il était réélu, d’abord -, puis, si les contrôles, en cas d’immigration massive à ses frontières, n’étaient pas renforcés dans l’année. Et en juin dernier, sous la même impulsion, les Etats membres se sont accordés sur la possibilité de rétablir des contrôles aux frontières intraeuropéennes avec un pays membre de l’espace Schengen incapable de contrer l’immigration irrégulière.

Cette politique, c’est donc avant tout "un signe de plus (qui montre) que les Etats membres entendent revenir à plus de prérogatives en matière de circulation des étrangers. Ce sont des questions sensibles. La France, l’Allemagne et les Pays-Bas, ces derniers temps, ont tendance à faire marche arrière" par rapport à la politique d’immigration européenne, et à l’acquis Schengen , explique Stéphane Baele, chercheur à la Chaire Tocqueville des études de sécurité (Université de Namur). "Est-ce parce qu’il y a une crise ? Est-ce que ça a un rapport avec les négociations infructueuses qui ont essayé d’intégrer la Roumanie à l’espace Schengen ? Peut-être qu’en temps de crise, il y a plus d’attentes pour un plus grand contrôle de l’Etat sur les capitaux, les biens Il doit aussi y avoir des raisons de politique intérieure, la criminalité " , suppose Stéphane Baele.

Sur le fond, les politiques de Sarkozy et Hollande à l’égard des Roms sont, jusqu’à présent, similaires. Mais sur la forme, le nouveau président français se montre beaucoup moins franc que son prédécesseur, déguisant les motifs d’expulsion derrière des questions de santé publique. "Sous Sarkozy, les objectifs étaient chiffrés. Les motivations, le discours ont toujours été très forts, très directs, et très explicites en terme de sécurité. Ici, on masque ça derrière un discours sur l’hygiène, un programme fait pour leur bien, car leurs conditions de vie ne sont pas bonnes. On a la même chose mais la rhétorique est différente" , analyse Stéphane Baele.

Alors Hollande va-t-il s’engluer dans une politique à la Sarkozy ? Ou favoriser l’esprit communautaire, et apporter le changement promis ?