Lors des élections législatives de ce dimanche, le Parti social-démocrate (PSD) a remporté une large victoire, un an seulement après avoir été mis à la porte du gouvernement par des manifestations exigeant la fin d’une classe politique corrompue. Avec 45% des voix, le PSD, successeur de l'ancien Parti communiste roumain, atteint même un score historique. Beaucoup se demandent alors où sont passés ceux qui exigeaient en 2015 un renouveau. Mais l’Union Sauvez la Roumanie (USR), parti composé de citoyens sans expérience politique, a malgré tout réussi en quelques mois à gagner 10% des voix, devenant ainsi la troisième force du pays. A Bucarest, l’USR a séduit 25% des électeurs s’imposant ainsi en deuxième position après les socialistes. Rencontre avec le leader du parti, Nicusor Dan.

Etes-vous satisfait du score de l'USR ?

Je m’attendais à ce qu’on obtienne plus parce que la déception à l’égard de la classe politique est énorme. Et nous étions l’alternative sérieuse qui pouvait la canaliser. Mais cette idée qu’indifféremment des partis au pouvoir rien ne changera a été bien incrustée dans l’esprit des gens. Nous avons aussi été visés par une campagne diffusant l’idée que nous sommes des marionnettes des étrangers et de George Soros (milliardaire philanthrope américain d'origine hongroise, NdlR). Et nous n’avons pas eu suffisamment de moyens pour contrer ces suspicions. Toute notre campagne a été menée avec 400 000 euros de dons. Au niveau de la Roumanie, c’est vraiment très peu.

Comment décririez-vous l’état de la politique en Roumanie?

En physique, il y a toujours un équilibre : toute action suppose une réaction. La Roumanie post-1990 a eu une société civile très faible. Nous avons endossé un manteau démocratique, mais cela a fini par dégénérer. On a eu une presse libre, mais très vite les oligarques se sont rendu compte qu’ils pouvaient l’acheter. Nous pouvons néanmoins nous raccrocher au fait que plus de personnes ont envie de s’impliquer en politique et au fait que les magistrats sont désormais indépendants.

Les partis anti-système européens se situent plutôt à l’extrême droite. En Roumanie, les nationalistes du Parti Roumanie Unie n’ont pas passé le seuil des 5% pour entrer au Parlement. Est-ce un signe positif?

Oui. En Roumanie, le sentiment anti-système est particulier puisqu’il conteste l’absence d’une administration publique consolidée. Nous, c’est contre ce manque que nous luttons. Tandis qu’en Occident, ce sont d’autres aspects du système qui sont visés et pour lesquels le recours au populisme est beaucoup plus simple.

Le PSD n’a toutefois pas hésité à utiliser des arguments populistes dans sa campagne. Comment voyez-vous l’avenir du pays sous sa gouvernance?

Tant dans les gouvernements socialistes précédents que dans leur manière de diriger la capitale, l’on retrouve un mépris total à l’égard de la loi et des institutions publiques. Je vous donne un exemple : à Bucarest, où le PSD a pris le pouvoir il y a six mois, les conseillers municipaux, qui ont été élus par les citoyens donc, n’ont plus accès aux contrats qui sont signés par la mairie pour des travaux publics. 

Aussi, nous avons une loi qui interdit à une personne condamnée pénalement d'être Premier ministre. Le président Klaus Iohannis a souligné qu’il ne nommera pas à la tête du gouvernement un tel individu. Mais le leader du PSD Liviu Dragnea (qui a écopé de deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale, NdlR) semble chercher à devenir Premier ministre.

Aussi, la lutte anticorruption va clairement faire un pas en arrière. Je ne suis donc pas optimiste pour les quatre prochaines années, mais bien à long terme. Ce que l’USR a réussi à faire est un signe qu’à l’avenir, notre système va s’assainir.

Quel comportement allez-vous adopter en tant que parti d’opposition?

Nous allons avant tout essayer d’être proches des gens. Cela ne se fait pas pour le moment en Roumanie. Donc nous, nous allons inviter dans nos débats tous les acteurs de la société : hommes d’affaires, académiciens, organisations non gouvernementales, syndicats. Voilà comment nous espérons progresser en tant que force politique.

Nous garderons aussi une ligne très morale qui contrastera évidemment avec les futures tentatives d’accorder encore plus de privilèges à la classe politique. Et lorsqu’il s’agira de s’opposer à des comportements antidémocratiques, nous nous baserons sur deux instruments : l’opinion publique et la justice.

Vous avez insisté sur le fait que l'USR n'entrera pas dans une coalition. Pourquoi?

Cette décision vaut pour 2016. On verra en 2020. Mais pour le moment, nous avons un public très suspicieux et il va falloir du temps pour le convaincre que nous sommes différents, pour contrer cette idée selon laquelle toute personne qui entre en politique le fait pour s’enrichir. Une fois que nous aurons fait nos preuves, nous aurons une plus grande marge de manoeuvre.