Elle est la favorite des sondages, qui lui donnent vingt points d'avance, la voient investie dès le premier tour et - argument rédhibitoire pour nombre d'adhérents socialistes - la disent seule à même de battre Nicolas Sarkozy en 2007. Mais ils ont peu de sens puisqu'ils portent sur les sympathisants et non sur les adhérents socialistes Or, ce sont ces derniers qui votent. Et la sociologie de ces deux groupes n'est pas identique. En outre, ils ont été effectués sur des échantillons de population trop réduits pour être fiables.

Ségolène Royal est aussi la favorite des comptages réalisés par la direction du PS sur base des rapports de forces internes (poids des fédérations, etc.) et des soutiens de chacun des trois candidats. Selon ces calculs également, la députée des Deux-Sèvres l'emporterait dès jeudi, avec une bonne cinquantaine de pc des voix. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn seraient au coude à coude autour de 25 pc chacun, sans que l'on puisse déterminer exactement lequel montera sur la deuxième place du podium. Mais ces estimations émanent de l'appareil du PS, qui est notoirement "royaliste". Leur validité peut donc être mise en doute.

Ces réserves méthodologiques ont autorisé Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn à espérer puis à pronostiquer "des surprises" au soir du 16 novembre. Leur espoir est évidemment de contraindre Ségolène Royal à un second tour. L'intéressée, en revanche, a passé les derniers jours de sa campagne à insister lourdement auprès des adhérents pour qu'ils aillent massivement voter. Ce n'est pas seulement parce que sa désignation dès jeudi créerait un indéniable effet d'entraînement autour d'elle et priverait la droite des bénéfices d'une fin de campagne sans doute peu fraternelle. C'est aussi parce qu'un fort taux de participation (dépassant les 60 à 70 pc habituels) est a priori considéré comme à son avantage.

Un second tour périlleux

Les socles électoraux sur lesquels chacun des trois candidats peut espérer compter sont déjà identifiés. Laurent Fabius bénéficiera des voix des socialistes "historiques", soucieux de l'union de la gauche en 2007 et plutôt issus des classes populaires, des membres de l'aile gauche du parti et du camp du non au référendum européen de 2005, ainsi que de ses réseaux bien implantés en province. Dominique Strauss-Kahn affiliera plutôt chez les classes supérieures et urbaines et parmi les réseaux jospinistes, en déshérence de leur mentor. Ségolène Royal fera le plein chez les femmes et les nouveaux adhérents, recrutés en pleine "Segomania", dans la classe moyenne à la fois urbaine et rurale, et dans les plus grosses fédérations du parti (Paris, Nord, Pas de Calais, etc.).

Un second tour serait à très haut risque pour le PS. L'inimitié entre les trois candidats - démentie officiellement mais réelle - est telle qu'on ne voit pas d'emblée les alliances qui pourraient s'y dessiner. Mais il est sûr que le parti ne sortira pas grandi des trois cas de figure possibles.

Soit un front "Tout sauf Ségolène" se forme, autour d'une union Fabius-DSK, contre elle. Cela promet pour 2007 si elle est investie et vis-à-vis de l'électorat socialiste, massivement "royaliste" selon les sondages. Soit, via une alliance Royal-DSK contre Fabius, le PS revit le remake de la guerre fratricide du referendum de 2005. Soit le troisième arrivé refuse de prendre position pour l'un ou l'autre des deux finalistes. Cela mettra en lumière l'ampleur des désaccords entre les trois plus grandes personnalités du PS, et réjouira la droite.

Et encore ne mentionne-t-on pas le scénario de contestations massives autour de la régularité du scrutin, dans un parti qui a tout de même une certaine tradition de "bourrage des urnes".

© La Libre Belgique 2006