Des membres de l’opposition rwandaise en exil en Afrique du Sud ont annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi l’assassinat à Johannesburg de Patrick Karegeya, un ancien "patron" des services de renseignement du Rwanda, qui s’était exilé fin 2007 pour devenir un opposant au général Paul Kagame, le chef de l’Etat.

Radio France Internationale (RFI) indique qu’un autre militaire rwandais dissident vivant en Afrique du Sud, le général major Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, a indiqué que Patrick Karegeya avait été retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel.

Relations tendues avec Pretoria

Selon RFI, Patrick Karegeya avait indiqué à des proches avoir rendez-vous, le 31 décembre au soir, avec un ami de passage nommé Apollo, à l’hôtel Michelangelo Towers. Mais ses proches sont restés sans nouvelles de lui à partir de 19h30.

Le 1er janvier au matin, un de ses neveux s’est rendu au Michelangelo Towers, demandant à voir la chambre où les deux hommes s’étaient rencontrés; c’est là qu’on découvrira le corps de M. Karegeya. Ses téléphones portables auraient disparu.

Patrick Karegeya passait pour très prudent. Ancien des "services", il connaissait tous les trucs et se méfiait encore plus du régime de Kigali depuis que le général Kayumba Nyamwasa avait été victime, en 2010, d’une tentative ratée d’assassinat attribuée aux services rwandais.

Cette dernière avait nettement refroidi les relations entre Pretoria, indignée qu’un gouvernement jusque-là ami assassine sur son territoire, et Kigali.

Depuis, les relations entre les deux pays se sont encore distanciées en raison de la guerre au Kivu (est du Congo) : l’Afrique du Sud participe à la Brigade d’intervention onusienne qui a joué un rôle essentiel pour vaincre la rébellion tutsie congolaise du M23, appuyée militairement par le Rwanda.

Avant de diriger les services secrets rwandais, Patrick Karegeya avait conduit son service extérieur; à ce titre, il était un des hommes qui décidaient la politique rwandaise vis-à-vis du Congo. En 2004, il était devenu porte-parole de l’armée, ce qui avait été interprété comme une disgrâce. En avril 2005, il avait été arrêté pour indiscipline et incarcéré jusqu’au 15 novembre 2007. C’est quelques jours plus tard qu’il avait fait défection.

S’allier aux rebelles hutus FDLR

Il sera rejoint début 2010 par le général Kayumba Nyamwasa. Ce dernier, aussi gradé que le président Kagame, ne s’entend pas avec lui. Chef d’état-major, il avait été envoyé en stage à Londres en 2001, alors qu’on le dit mêlé à une agitation monarchiste contre Kagame; il rentre en 2002. En 2003, il devient secrétaire général du National Security Service, jusqu’en janvier 2005, date à laquelle il est à nouveau éloigné : il est nommé ambassadeur en Inde - où il retardera le plus possible le moment de se rendre. En février 2010, il est rappelé à Kigali, où il est interrogé sur des attentats meurtriers à la grenade dans la capitale. Il fuit et rejoint Patrick Karegeya en Afrique du Sud.

Les deux officiers tutsis dissidents inquiètent Kigali en raison de leurs tentatives présumées de s’allier aux ex-FDLR (rebelles hutus rwandais issus des génocidaires, actifs au Kivu) pour renverser le régime en place.

Le général Kayumba s’est dit mercredi persuadé de la responsabilité de Kigali dans l’assassinat de M. Karegeya.