L’annonce, vendredi, par Kigali, que le Rwanda "retirait les deux compagnies de ses forces spéciales qui travaillaient aux côtés de leurs homologues des FARDC (NdlR : armée congolaise) dans un bataillon conjoint opérant à Rutshuru, au Nord-Kivu", a suscité un tollé au Congo, où la majeure partie de l’opinion ignorait ou avait oublié que des soldats rwandais se trouvaient toujours en territoire congolais.

Les deux pays sont en effet à couteaux tirés, depuis des semaines, en raison d’un rapport d’experts de l’Onu indiquant que Kigali a armé, équipé et soutenu par l’envoi de recrues la mutinerie congolaise du M23 au Nord-Kivu. Ces derniers jours, les deux capitales s’expliquent devant le Comité de l’Onu pour les sanctions et le ministre congolais des Affaires étrangères a évoqué - le jour même de l’annonce rwandaise - une "situation de guerre" entre les deux pays.

L’annonce du retrait rwandais a semé une certaine confusion côté congolais, où le porte-parole du gouvernement a d’abord indiqué ce week-end, selon Radio France internationale, ne pas être informé "d’une présence non autorisée des forces rwandaises après la fin des opérations conjointes depuis le 25 février 2009".

De son côté, le ministre congolais de la Défense, Alexandre Luba Ntambo, indiquait que les forces évoquées par Kigali faisaient partie d’un bataillon "public" et "officiel", mis en place en mars 2011, composé de deux compagnies de forces spéciales congolaises et deux rwandaises, chargées de combattre ensemble les FDLR (rebelles hutus rwandais issus des génocidaires).

Dimanche, le porte-parole a indiqué que le nombre d’hommes concernés "ne pouvait pas dépasser 50" (deux compagnies feraient environ 280 hommes) affectés à la surveillance conjointe de la frontière commune. Et d’ajouter : "Nous savons que, dans les discussions que nous avons eues avec eux pour cette surveillance commune, il ne devrait pas y avoir plus de 100 officiers de chaque côté."

Rien n’est dit, cependant, pour expliquer pourquoi les forces rwandaises se trouvaient encore au Congo jusqu’au week-end dernier, alors que le président Kabila avait annoncé en avril dernier la fin des opérations contre les FDLR - annonce qui avait mécontenté Kigali et, selon plusieurs analystes, expliquerait les raisons pour lesquelles les autorités rwandaises auraient aidé le M23, créé le 6 mai, soit après l’annonce de la fin des opérations contre les FDLR.

Quoi qu’il en soit, l’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la rue congolaise et sur Internet, où nombreux sont les opposants à Joseph Kabila qui l’accusent de "haute trahison" , en reprenant les vieilles accusations selon lesquelles il n’est pas congolais mais rwandais. Beaucoup de Congolais de la rue ne peuvent s’expliquer qu’ainsi l’incapacité de leur armée (95 000 hommes) à mettre fin à la mutinerie du M23 (300 hommes au départ, 400 à 600 aujourd’hui, selon une source onusienne).

Les élections frauduleuses, à l’issue desquelles Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir, et la répression de toute contestation de ces résultats, ont accentué l’impopularité du chef de l’Etat là où il était déjà peu aimé. Ainsi, à Kinshasa, on signale que dans la foule qui marche chaque jour pendant des heures, faute de transports en commun, le long des grandes artères, des groupes de piétons entonnent maintenant des hymnes religieux dont ils modifient les paroles en : "Seigneur, tue Kabila comme tu avais tué son père"; tapent sur les véhicules; chantent l’hymne national de Mobutu, "La Zaïroise", et des chants de l’ex-parti unique à la gloire de Mobutu, repris en chœur par des passants.