Chili Correspondant à Santiago du Chili

L

a tension s’était accentuée ces derniers mois, comme en témoigne un échange virulent entre les présidents conservateur chilien Sébastián Piñera et socialiste bolivien Evo Morales au sommet de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (CELAC). Mais c’est maintenant devant une juridiction internationale que le Chili et la Bolivie pourraient en découdre.

David Choquehuanca, le ministre bolivien des Affaires étrangères, vient en effet d’introduire (voir LLB 26 avril) une requête devant la Cour internationale de Justice de La Haye pour régler un différend frontalier datant de la Guerre du Pacifique (1879-1883) qui opposa le Chili, d’un côté, au Pérou et à la Bolivie, de l’autre, pour le contrôle de mines de salpêtre dans le désert d’Atacama. La victoire chilienne déboucha sur l’annexion d’une partie du territoire de ses voisins du nord (les actuelles régions chiliennes d’Antofagasta et Arica, riches en cuivre) mais, surtout, priva la Bolivie de son accès à la mer. Un problème stratégique pour un pays devenu producteur de gaz.

Les nouvelles frontières figurent dans le traité de paix et d’amitié de 1904 - "un traité signé avec le fusil sur la tempe", selon le vice-président bolivien, Alvaro Garcia Linera. C’est pour récupérer un accès à la mer que La Paz porte le contentieux devant la justice internationale. Le chef de la diplomatie bolivienne a précisé que "la requête vise à ce que la Cour internationale de Justice rende un arrêt obligeant le Chili à négocier de bonne foi et de manière effective avec la Bolivie pour parvenir à un accord assurant à celle-ci un accès pleinement souverain à l’océan Pacifique".

Sebastián Piñera ne l’entend pas ainsi. "Nous n’allons céder notre souveraineté à aucun pays, parce que notre territoire, notre mer, notre souveraineté nous appartiennent légitimement".

Pour l’avocat de l’Université du Chili, German Ledezma, les fondements de la requête bolivienne sont faibles. "Ils ne questionnent pas le traité de 1904 [ ] mais signalent que le Chili aurait généré des attentes au sujet de l’accès à la mer lors de précédentes négociations". Notamment l’accord de Charaña entre les dictateurs Pinochet et Banzer et un agenda de 13 points de Michelle Bachelet. Depuis que M. Piñera est arrivé au pouvoir, aucun canal de discussion n’a été établi.

"La Cour va devoir dire si la demande est recevable. Si c’est le cas, elle dira si le Chili est en devoir de répondre aux attentes boliviennes et d’octroyer un accès souverain à l’océan Pacifique", précise M. Ledezma.

Unanimité chilienne

La plainte tombe en pleine campagne présidentielle au Chili. Les candidats de gauche comme de droite ont dénoncé l’attitude de La Paz. "Une grosse erreur" (Michelle Bachelet, gauche), "le Chili ne doit rien à la Bolivie" (Andres Allamand, droite), "le Chili n’a pas de question en suspens avec la Bolivie" (Laurence Golborne, droite), "il n’y a aucun espace pour céder de la souveraineté" (Marco Enriquez Ominami, gauche).

Il faut dire que la pression est forte : la Cour de La Haye doit rendre bientôt son arrêt sur un autre différend lié à la Guerre du Pacifique, porté par le Pérou, concernant la frontière maritime entre les deux pays. Le litige porte sur une zone de 35000 km2 d’eaux très poissonneuses et peut-être riches en hydrocarbures.