Nicolas Sarkozy, plébiscité dimanche par l'UMP pour porter les couleurs du parti à la présidentielle, s'est immédiatement tourné "vers tous les Français", en affirmant vouloir être "le président de la France réunie".

Fort d'avoir réussi le rassemblement de sa famille politique -tous les ténors du parti étaient présents dimanche- Nicolas Sarkozy est passé à l'étape suivante, celle de la conquête des électeurs hors de son camp, devant quelque 80.000 à 100.000 militants UMP, selon le parti, venus assister à son entrée officielle dans la course à l'Elysée.

Sur les plus de 330.000 adhérents de l'UMP, 69,06% ont pris part au vote. 98,1% ont voté pour M. Sarkozy, seul en lice, les autres votant blanc.

Dès l'annonce du résultat, a été affiché le slogan de campagne: "Ensemble, tout devient possible", M. Sarkozy prenant ensuite la parole, sur une vaste scène blanche avec en arrière-plan le sigle UMP, projeté sur un fond rouge et bleu. Pendant une heure vingt, martelant les mots "France" près de 80 fois, "République" (plus de 50 fois) et "président" (près de 30), il a affiché une volonté de rassemblement au delà de son camp, en évitant de faire de l'affrontement idéologique gauche/droite l'enjeu de la présidentielle.

"Je veux être le président d'une France réunie (...) le président qui va remettre la morale au coeur de la politique (...) Je veux une démocratie irréprochable", a-t-il dit. Affirmant vouloir se "tourner vers tous les Français", M. Sarkozy a prévenu qu'il ne serait "pas que le candidat de l'UMP". Alors que plébiscité dans son parti il suscite des réactions hostiles au dehors (il inquiète 51% de français selon un sondage IFOP/JDD), il s'est efforcé de prouver que, mûri par les épreuves, il avait "changé", répétant ce mot plusieurs fois.

En réponse à ceux, à gauche comme à droite, qui l'accusent d'atlantisme et de communautarisme, il a affirmé que la guerre en Irak était "une faute" et a rendu hommage à Jacques Chirac qui a fait "honneur à la France" en s'y opposant. "Je refuse le communautarisme qui réduit l'homme à sa seule identité visible", a-t-il également déclaré.

M. Sarkozy n'a pas du tout cité sa rivale socialiste Ségolène Royal, cible favorite des intervenants de la matinée. Ceux-ci avaient raillé la "ségolénitude" ou "la duplicitude", en allusion au néologisme "bravitude" forgé par Mme Royal. Michèle Alliot-Marie, qui a confirmé son "soutien" à M. Sarkozy, l'a pour sa part qualifiée de "Blanche-Neige contre les sept percepteurs".

Parmi les intervenants figuraient les anciens Premiers ministres Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, et Yves Guéna, gaulliste historique et ancien président du Conseil constitutionnel. Dominique de Villepin, qui comme le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré, a refusé de participer au vote, est venu au congrès dans la matinée mais sa visite est passée quasiment inaperçue.

Le visage tendu à son arrivée, le Premier ministre, qui s'était pris de bec mardi avec les députés UMP, est resté plus d'une demi-heure, sans s'exprimer. Nicolas Sarkozy avait auparavant demandé aux militants de "faire un triomphe à tous ceux qui viendront ici", pour prévenir toute manifestation hostile à l'égard de M. de Villepin.

L'UMP a dépensé environ 3,5 millions d'euros pour cette manifestation, affrétant huit TGV et 520 cars pour amener les participants, chacun payant une somme modique de 10 euros. Alors que M. Sarkozy débutait son discours, une vingtaine de sans-papiers ont brièvement pénétré dans son QG de campagne, à Paris.