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Après l'annonce de son retour en politique, vendredi, Nicolas Sarkozy réalisait, ce dimanche soir, sa première interview télévisée. C'était sur France 2 avec Laurent Delahousse. Outre l'analyse des propos de cette apparition publique, il était intéressant de décortiquer sa gestuelle. Si dans les paroles, l'ancien président français a paru posé envers ses rivaux, certains détails de ses mimiques ont laissé percevoir quelques incommodités. Analyse avec Stephen Bunard, synergologue.

Comment avez-vous perçu l'attitude générale de Nicolas Sarkozy ?

Il était égal à lui-même. Beaucoup de gens parlent de "come-back", mais je perçois cela plus comme un "flash-back". On avait l'impression que Nicolas Sarkozy n'avait pas bougé, qu'il occupe l'espace comme s'il était toujours là. On a annoncé le retour de quelqu'un, mais en le voyant, je me dis qu'en réalité, il n'est pas parti! Au tout début, ses pouces étaient très agités. Ce qui veut dire que l'ego est en jeu et qu'on perçoit comme une certaine fébrilité. Il ne partait pas forcément gagnant...

Ses gestes ont-ils laissé transparaître plutôt de la sincérité ou du mensonge ?

On peut dire que des marqueurs gestuels montraient qu'il était vraiment dérangé. Par exemple, il se grattait le nez lorsqu'il évoquait le niveau de la croissance, notamment l'an dernier. Et lorsque Juppé et Fillon ont été mentionnés, il s'est caché l'œil droit, ce qui veut dire qu'il ne veut vraiment pas les voir. Et Fillon, sûrement encore moins, parce qu'on peut voir une démangeaison à la base de la narine gauche, ce qui signifie qu'il ne le sent pas du tout.

Finalement, Nicolas Sarkozy n'a rien perdu de sa gestuelle...

C'étaient des gestes élevés, une main droite sur-active, etc. Tout ce qui fait dire finalement que Nicolas Sarkozy n'a rien perdu de sa dynamique gestuelle. C'est aussi pour cela qu'il revient. Finalement, il est perçu comme un bon communicant, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas. Un bon communicant, c'est quelqu'un qui fait des gestes, mais ce n'est pas quelqu'un qui fabrique des gestes. Surtout lorsqu'on compare sa manière d'être à la culture de contrôle des hommes politiques qui sont plombés par cette idée qu'il faut à tout pris contrôler ses gestes. Lui, il n'est pas du tout là-dedans. C'est peut-être de l'agitation, mais c'est aussi et surtout perçu comme quelqu'un qui est capable presque littéralement de sortir de son corps pour convaincre. Au contraire, l'immobilité qu'on perçoit chez quelqu'un comme François Hollande fait qu'il n'est pas ressenti comme un bon communicant. Pour Sarkozy, ce qui est négatif, c'est qu'on peut effectivement lire sur lui : de l'agitation si on ne l'aime pas, du dynamisme si on l'apprécie. Mais au-delà de cela, il fait des gestes lisibles. Dans la tête des gens, il est donc plus sincère, qu'il le soit ou non.

Lorsque le chapitre Bygmalion vient sur la table, son comportement trahit-il ses paroles ?

Sur Bygmalion, j'ai noté deux retroussements de nez. Ce qui veut dire qu'il marque son mépris. Maintenant, je n'interprète pas. Il peut le faire pour plusieurs raisons. Mais, on peut clairement dire que le sujet ne le laisse pas indifférent.

Et lorsqu'il parle de François Hollande ?

C'est surtout lorsque François Hollande parle de lui qu'il réagit. Par exemple, lorsque Laurent Delahousse évoque l'Etat en faillite, on voit qu'il est touché émotionnellement. On a pu percevoir un clignement gauche de la paupière, ce qui veut dire qu'il digère mal la prose de François Hollande à ce sujet. C'est quelque chose qu'il ne peut pas du tout maîtriser. Il ne supporte pas vraiment ce qu'on dit de lui. De manière générale, lorsqu'il évoque François Hollande, il ne laisse pas percevoir grand chose de particulier. Par contre, lorsqu'il parle de Marine Le Pen, on remarque un retrait labial, c'est-à-dire que les lèvres rentrent. Ce geste signifie qu'il marque son attention particulière sur la réponse qu'il doit apporter. Il est en mode "contrôle". Il sait qu'il doit faire attention à ce qu'il dit.


--> "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas", Stephen Bunard, Edition First, 19,95€