Assez tendu, Nicolas Sarkozy, à la télévision dimanche, dans sa première réaction audiovisuelle à son élection, la veille, à la tête de l’UMP, par 64,5 % des adhérents de ce parti. Le nouveau patron du premier parti d’opposition à François Hollande a eu beau tenter de s’afficher souriant, décontracté et optimiste sur l’avenir de son mouvement, tout au long de son interview, lors du JT de 20 heures de TF1, il n’a pu cacher des signes d’agacement. Notamment à l’heure d’être interrogé sur le score, plus important qu’attendu (29 %), du jeune député Bruno Le Maire.

Ce moindre succès sarkozyste que prévu fera date. "On n’avait jamais connu un Nicolas Sarkozy avec un tel score, face à lui", selon le sondeur Bernard Sananès (institut CSA). C’est même "un échec, une contre-performance", aux yeux du politologue Thomas Guénolé. Selon qui, "à l’UMP, Nicolas Sarkozy a rétrogradé du statut de plébiscitaire à celui de majoritaire".

Un rassemblement qui ne sera pas aisé

L’élection pas si confortable de Nicolas Sarkozy est donc une bonne nouvelle pour ses rivaux potentiels à la présidentielle de 2017. En effet, aurait-il été plébiscité à la tête du parti qu’il y aurait eu les coudées franches, et aurait pu se servir de l’UMP comme d’une voie royale pour cette échéance électorale. Là, au contraire, vu son score moyen, il va devoir composer.

Lui-même d’ailleurs, dimanche soir, a reconnu que, "bien sûr", il ne lui sera pas facile d’unir, en son parti, "toutes ses sensibilités", ainsi qu’il a dit le souhaiter. Ce n’est pas forcément Alain Juppé qui posera le plus problème. Samedi, le maire de Bordeaux a accueilli avec fair-play le score sarkozyste ("Un score très net, on ne va pas mégoter"). En revanche, le rassemblement sera moins aisé avec le camp de François Fillon - qui, lui, a été glacial, voire menaçant ("L’union n’est pas la soumission. Un grand parti moderne accepte la différence").

Surtout, "Nicolas Sarkozy est dorénavant forcé de faire avec Bruno Le Maire et son camp, qui, dorénavant, sont incontournables à l’UMP", selon le politologue Roland Cayrol. Or, dès ce lundi matin, l’intéressé devrait confirmer au nouveau n° 1 de l’UMP son refus de tout marchandage ou de la moindre association de sa part à la gouvernance du parti - "On n’a pas construit tout cela pour avoir des postes", a-t-il prévenu, samedi. Nicolas Sarkozy court aussi le risque d’être ringardisé par le procès en manque de "renouveau" que le camp de Bruno Le Maire pourrait ne cesser de lui faire.

Un risque de s’user, d’ici à 2017

L’autre défi que devra gérer Nicolas Sarkozy est de ne pas arriver totalement usé à la campagne présidentielle de 2017. Usé par l’omniprésence qui sera la sienne, d’ici là. Puisque, en tant que patron de l’UMP, donc désormais opposant n° 1 à François Hollande, il devra, pendant les deux ans et demi à venir, lui donner la réplique sur tous les sujets. Au risque de saturer l’espace médiatique, au final.

Bruno Le Maire, cela dit, aura lui aussi des écueils à surmonter. S’il fait de l’obstruction à la gouvernance sarkozyste de l’UMP, l’électorat de droite ne lui pardonnera pas de jouer contre son camp. De même, s’il se contente de garder une posture nombriliste, basée sur son bon score de samedi, il s’épuisera rapidement. Enfin, il lui faudra pérenniser les réseaux qu’il a construits à la faveur de sa campagne. Or, nombre de ces soutiens étaient purement intéressés : étaient le fait de juppéistes et de fillonistes qui, en l’épaulant, voyaient surtout là l’occasion d’éviter à Nicolas Sarkozy l’honneur d’une élection-plébiscite.