Les socialistes sont fous de rage. Comme l'a asséné Ségolène Royal elle-même vendredi, "les choses ne sont pas faites ! Il ne faut pas que les électeurs se laissent assommer par les sondages. Je leur demande de se révolter contre cette façon qui consiste à dire que, puisque les sondages ont parlé, les urnes ont parlé". Le PS a d'ailleurs porté plainte devant la commission des sondages contre l'enquête d'opinion réalisée par Internet qui, dès jeudi matin, avait avancé que Nicolas Sarkozy était, de l'aveu populaire, sorti gagnant du duel télévisé de la veille au soir. Et ce parti accuse implicitement des instituts de faire de l'intoxication voire d'être mandatés par l'équipe Sarkozy pour manipuler l'opinion et donc l'électorat.

Officiellement donc, tout va bien au PS. Qui jugerait que tout reste possible vu notamment la quinzaine de pc d'électeurs toujours indécis, vu la propension des enquêtes d'opinion dans le passé à se tromper, et vu la détestation des Français de se voir dicter leur choix par les sondeurs - comme l'ont appris à leurs dépens Edouard Balladur et Lionel Jospin, les ultras favoris des présidentielles de 1995 et 2002.

Une tendance lourde

Voilà pour la version officielle. Mais dans les coulisses, les conseillers de Ségolène Royal font grise mine depuis jeudi matin, passée leur joie teintée de soulagement de mercredi soir à l'issue du duel télévisuel. Julien Dray d'ailleurs, un des porte-parole de Ségolène Royal, a publiquement reconnu vendredi que la situation était "difficile" pour sa candidate. Vendredi matin, en effet, un deuxième sondage, plus fiable que le premier, est venu confirmer en tous points le verdict de l'opinion sur l'émission de l'avant-veille. Qui plus est, les cinq sondages d'intentions de vote de ces quarante-huit dernières heures ont tous donné la candidate PS battue : au mieux pour elle à 47 pc contre 53 pc, au pire à 45,5 pc contre 54,5 pc.

En outre, les sondages sur les pronostics et sur les souhaits de victoire sont mauvais également. Et, sur le long terme, la dynamique des enquêtes ne laisse pas place au doute : pas une seule des quelque 150 enquêtes publiées depuis janvier ne l'a donnée à l'Elysée.

Alors, théoriquement, c'est vrai, rien n'est joué. A fortiori si Nicolas Sarkozy voit dimanche sa cote se tasser sous le triple effet d'une mobilisation de dernière minute des abstentionnistes de gauche, d'une moindre mobilisation d'électeurs UMP trop confiants, et d'une abstention massive des électeurs du FN. Il n'empêche, Ségolène Royal souffre de trois problèmes structurels périlleux pour elle.

D'abord, le niveau historiquement bas des électorats de gauche et d'extrême gauche réunis (autour de 36 pc). Ensuite, une certaine démobilisation de l'électorat d'extrême gauche, qui traduit le trouble suscité chez lui par le flirt d'entre deux tours entre la candidate socialiste et François Bayrou. Ainsi, seuls 60 à 70 pc des électeurs des trotskistes Olivier Besancenot et Arlette Laguiller voteraient pour elle dimanche. Enfin, l'absence jusqu'au bout de certitude quant à l'attitude des électeurs centristes. En effet, depuis le 23 avril jusqu'à vendredi matin encore, les enquêtes n'ont cessé de se contredire sur cette question. Ségolène Royal bénéficiera-t-elle dimanche de la moitié ou du tiers des voix de l'UDF ? Ce n'est pas du tout la même chose. Et cela peut tout changer.

A moins que... cela ne change rien ? Pour s'imposer, estiment les plus fins experts de la carte électorale, Ségolène Royal devrait tout à la fois bénéficier du report de la totalité des voix d'extrême gauche, récolter au moins la moitié des voix de l'UDF, voir une grosse part de l'autre moitié UDF choisir le vote blanc plutôt que le vote Sarkozy, et compter sur la même attitude de la part de l'électorat du FN. Rien n'est jamais impossible, mais cela paraît tout de même difficile.

Nicolas Sarkozy d'ailleurs, selon les échos, s'attendrait à "faire un sacré score", aux alentours de 55 pc. Mais officiellement, il reste "humble" et prudent. A la question de savoir s'il pensait à la défaite, le candidat de l'UMP a répondu vendredi : "J'y pense plus souvent qu'en me rasant". Mais bien sûr.

© La Libre Belgique 2007