Balayée l'affaire Gayet, oubliés (ou presque) les enregistrements de Patrick Buisson. Désormais, le monde politique français se concentre sur un autre dossier: Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog mis sur écoute par la Justice fin 2013 (lire ici). Une procédure lancée suite à des soupçons de financement par la Libye de la campagne présidentielle de 2007. Selon "Le Canard Enchaîné", dans son édition de ce mercredi, Christiane Taubira était au courant de ces écoutes depuis le 26 février. 

Manuels Valls était encore mieux informé. Selon le "Canard", il aurait commandé des rapports réguliers. Le ministre de l'Intérieur "n'a pas eu de mal à coiffer au poteau sa collègue de la justice. Hiérarchiquement soumis au ministère de l'Intérieur, les officiers de police judiciaire qui retranscrivent les écoutes doivent, à sa demande, lui faire parvenir régulièrement leur rapport sur l'avancement de l'enquête", écrit "Le Canard Enchaîné".

Le 10 mars dernier, au JT de 20 heures de TF1, la garde des Sceaux était restée très vague. Face au présentateur Gilles Bouleau, qui lui a posé plusieurs fois la même question sous des formes différentes, Christiane Taubira a gardé une seule ligne de conduite. "Il s'agit de juges du siège qui sont totalement indépendants, sans relation avec la Chancellerie. Et par conséquent la réponse à votre question est très claire, je n'avais pas l'information [sur ces écoutes] avant."

Et Manuel Valls, était-il au courant comme l'affirme le "Canard"? "Je n'en sais strictement rien", dit Taubira. Au micro de RTL ce mercredi matin, l'intéressé dit qu'il a été informé du dossier par la presse le 7 mars dernier, "à l'occasion des révélations du 'Monde'".

Les écoutes, oui! Leur contenu, non!

Alors, qui ment? Qui dit vrai? Pour Jean-Marc Ayrault, tout est dans la nuance. Sur France 2 mardi soir, il déclarait texto: "La garde des Sceaux, pas plus que moi-même, ne sommes au courant de ces écoutes téléphoniques, pas plus hier qu'aujourd'hui." Au courant des écoutes? Ou de leur contenu? Le Premier ministre ajoute que, le 26 février, "la garde des Sceaux a reçu une information qu'il y avait une nouvelle information judiciaire qui avait été ouverte sur des faits extrêmement graves. On n'a pas appris quel était le contenu des écoutes." Tout ce serait donc fait dans le respect de la procédure.

Ces faits "extrêmement graves" concernent un magistrat, Gilbert Azibert, suspecté de trafic d'influence. En résumé, selon Jean-Marc Ayrault, Christiane Taubira et lui-même ont bien été informés le 26 février de l'ouverture d'une information judiciaire. Sans plus. Tout simplement parce qu'il est "important que la garde des Sceaux, parce qu'elle est responsable de la bonne application de la politique pénale en France, soit informée de l'état d'avancement des instructions"