Au moment où, à bon droit, pleuvent en France les critiques envers les mœurs affairistes de feu le président du Gabon Omar Bongo, l’Hexagone connaît une succession de scandales frappant des personnalités ayant eu, dans leurs fiefs municipaux, des comportements que ne renierait pas une République bananière.

La dernière affaire en date n’éclabousse rien de moins qu’un proche de Nicolas Sarkozy, sénateur UMP (tendance ultra-libérale) et milliardaire : patron d’un grand groupe de presse et de l’empire aéronautique qui porte le nom de son illustre famille. Serge Dassault (84 ans) vient d’être condamné à un an d’inéligibilité par le Conseil d’Etat, qui a aussi annulé sa réélection, l’an dernier, comme maire de Corbeil-Essonnes, la bourgade de la banlieue parisienne qu’il dirige depuis 1995. L’avionneur a été reconnu coupable d’avoir commis des actes ayant altéré la sincérité et donc vicié le résultat des élections municipales de mars 2008.

Pendant la campagne, le milliardaire avait été accusé par ses adversaires de distribuer aux électeurs potentiels, sur les parkings des centres commerciaux, des billets de banques glissés dans ses tracts électoraux. Dans une vidéo, il avait benoîtement admis donner "très peu" d’argent aux habitants - pour "aider les gens", mais uniquement "sur le plan humain, pas pour avoir leurs voix". Aux yeux de la plus haute juridiction administrative, ses "pratiques de dons en argent d’une ampleur significative" ont faussé le scrutin, que le magnat n’avait remporté qu’avec 170 voix d’avance (sur 14 000 votants). Auparavant, le rapporteur public du Conseil avait jugé que plusieurs témoignages "suffisamment circonstanciés" avaient établi la réalité, dans le chef de Serge Dassault, d’une pratique de "don d’argent avec contrepartie électorale". Le sénateur, "scandalisé" par une décision "inique et politique", dénonçant une condamnation "sans aucune preuve", l’a réduite à "un complot" qu’auraient ourdi des conseillers d’Etat étiquetés PS. Il a annoncé qu’il se pourvoirait devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Cette "affaire Dassault" survient dix jours après la lourde condamnation, dans un fameux dossier de faux-électeurs, de l’ex-maire (UMP) de Paris (1995-2001) Jean Tiberi, pendant des décennies le premier lieutenant de Jacques Chirac dans la capitale.

Au même moment, l’ex-maire de Saint-Cyprien (Pyrénées orientales), Jacques Bouille (UMP), se suicidait dans la prison où il était détenu en préventive pour blanchiment, corruption, prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics. Lundi d’ailleurs, à peine désigné, son successeur a, lui aussi, été placé en garde à vue. Auparavant, dans le même département, le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP), avait vu son élection invalidée car, aux municipales de 2008 toujours, un président de bureau de vote, frère d’un de ses colistiers, avait été surpris avec des bulletins de vote dans ses chaussettes. Récemment encore, côté socialiste cette fois, le maire de Hénin-Beaumont (Pas de Calais), Gérard Dalongeville, a été destitué en conseil des ministres après avoir été écroué pour détournement de fonds.

L’extrême droite compte se refaire une santé sur ces scandales. Ainsi, fin juin, au scrutin municipal à nouveau convoqué à Hénin-Beaumont, la FN Marine Le Pen briguera la mairie. Elle a ses chances puisque, dimanche aux européennes, elle a obtenu 28 % des voix dans cette circonscription, devançant de douze points le PS.