Au vrai, c'est la première fois qu'il s'exprime depuis que le "New York Times" a révélé en juillet dernier que la société qu'il dirige, Swift, coopère avec les autorités américaines pour lutter contre le terrorisme. Et nul doute que Leonard Schrank se serait volontiers passé de cette contre-publicité : "Mais cela dépend de quel point de vue on observe la chose", soupire le CEO alors qu'il est assis devant le parc qui jouxte le siège de Swift, à La Hulpe, dans le Brabant wallon.

"Les garanties que nous avons mises en place pour nous assurer que les informations demandées par Washington ne sont utilisées que pour la lutte antiterroriste sont extrêmement sévères, insiste Leonard Schrank. Ces informations ne seront pas utilisées pour traquer la fraude fiscale ou encore à des fins d'espionnage économique". Bien sûr, concède l'Américain, "si le risque est très proche de zéro, le risque zéro n'existe pas. On peut minimiser le risque sans jamais l'éliminer complètement".

"Rendez-vous compte que le système a permis de sauver des milliers de vies et peut-être même davantage", rapporte Leonard Schrank qui cite des informations des services de renseignement américains. "Il a été prouvé que des attaques terroristes, des deux côtés de l'Atlantique, aux Etats-Unis, au Canada et en Indonésie ont pu être évitées grâce à des informations communiquées par Swift."

"Si une enquête est en cours"

Selon le mode de fonctionnement établi entre la société belge et le Trésor américain (en fait, un contrat a été passé entre les deux parties), Swift met à disposition des services de contre-terrorisme américains, les informations dont elle dispose sur ses clients "au compte-gouttes" et "en répondant à une demande précise" des autorités américaines, détaille Leonard Schrank. "Ce sont des informations concrètes et nous les délivrons uniquement si une enquête antiterroriste est en cours." "Les communications téléphoniques, les e-mails", font partie des éléments à prendre en compte lors des enquêtes, poursuit le CEO. "Les transactions financières également : elles sont particulièrement importantes car l'argent ne ment pas !"

"Nous sommes en règle avec le droit américain et le droit belge également : nous avons beaucoup travaillé là-dessus, surtout au niveau de la protection de la vie privée, dit encore Leonard Schrank. On se plie aux lois et prent en compte la protection de la vie privée, les garanties que nous prenons sont énormes." Mais, en réalité, termine le CEO, "nous sommes coincés au milieu du gué et c'est maintenant aux politiciens de nous en sortir".

© La Libre Belgique 2006