Les Allemands aiment les réveillons bruyants et lumineux. Ils sortent dans la rue, lancent des milliers de pétards et vident leur tirelire dans une débauche de feux d’artifice… Ils ont dépensé cette année 133 millions d’euros à cette fin, estime l’association de l’industrie pyrotechnique.

Cette année pourtant, l’attentat au camion bélier du 19 décembre à Berlin et le souvenir de la terrible nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne jettent leur ombre sur ces festivités. Autour de la cathédrale de Cologne, derrière la porte de Brandebourg à Berlin et ailleurs, les grands rassemblements se feront sous haute surveillance.

La porte de Brandebourg barricadée

A Berlin, plus de 100 000 personnes étaient attendues sur l’avenue du 17 juin qui relie la porte de Brandebourg à la colonne de la Victoire, au milieu du parc de Tiergarten. Rock, saucisses et bière coulant à flots : tout était prévu pour ce que la presse allemande décrit comme la plus grande fête de nouvel an d’Europe.

En principe, tout était prévu aussi pour assurer la sécurité. Exceptionnellement, des caméras de vidéosurveillance ont été installées sur les lampadaires tout le long du parcours. Les accès fermés par de simples barrières métalliques les années précédentes ont été barricadés par des blocs de béton. Touristes et Berlinois sont priés de venir sans sac à dos, sans bouteilles de verre, sans tabouret et coussin et… sans feux d’artifice.

Plus de 1000 policiers et environ 600 salariés de sociétés de sécurité ont patrouillé sur place et dans d’autres quartiers "chauds" de la capitale, a annoncé un porte-parole de la police de Berlin, Thomas Neuendorf.

Cologne entend de son côté être la ville la plus sûre d’Allemagne, a indiqué début décembre la maire Henriette Reker. Le dispositif a encore été renforcé après l’attentat de Berlin, a précisé depuis le chef de la police de Cologne, Jürgen Mathies. Il y aura dix fois plus de policiers et d’agents de sécurité privés déployés dans les rues de Cologne que lors de cette nuit "maudite" du 31 décembre 2015.

L’an dernier en effet, des centaines de femmes avaient été agressées sur le parvis de la cathédrale à Cologne, lors de la nuit du réveillon. Des faits similaires s’étaient également produits ailleurs en Allemagne, de Hambourg à Düsseldorf.

Le responsable de la police de Cologne, Wolfgang Albers, parlait alors de "délits d’une dimension totalement inédite" dans le pays.

Un nouveau test pour les autorités

Dans les semaines qui ont suivi, l’Etat, les régions, la police et les médias s’étaient renvoyé la responsabilité du manque d’informations sur ce qui s’était réellement passé.

Un an plus tard, les faits sont restés pratiquement sans suites. Au total, 1222 plaintes ont été enregistrées dont 512 pour agressions sexuelles. Une trentaine de personnes, essentiellement d’origine étrangère, ont été inculpées. Au bout du compte, faute de l’arsenal juridique nécessaire, une seule d’entre elles a été condamnée pour agression sexuelle et une vingtaine d’autres pour des petits délits.

En juillet dernier, une loi a renforcé la définition du viol, intégrant notamment les attouchements sexuels en groupe.

Cette nuit du nouvel an 2016 a finalement laissé aux Allemands un goût amer. Elle a ébranlé leur foi dans leur "culture de l’accueil", mais aussi envers l’efficacité de l’Etat et de sa police. Un doute que l’attentat de Berlin a encore renforcé. Le réveillon de cette année constituera donc un nouveau test.