Correspondante en Europe centrale

Viktor Orban, Premier ministre conservateur, fait actuellement ce qu’aucun dirigeant de gauche en Europe centrale n’avait osé faire depuis la chute, voici près de vingt et un ans, des régimes communistes.

Il a dit provisoirement "non" au FMI qui voulait imposer une nouvelle tranche d’un plan de rigueur à son pays. Son parti Fidesz a fait adopter, sans opposition au Parlement où il dispose de la majorité absolue, une taxe sur les banques. Il a interrompu les transferts d’une partie des cotisations retraite vers des fonds de pension privés, réforme dénoncée par ces mêmes fonds comme "une renationalisation rampante" des systèmes de retraite.

Le gouvernement Orban a aussi décidé de taxer les entreprises étrangères présentes dans le pays. Cette taxation, "provisoire" selon le ministre de l’Economie György Matolcsy, touche le secteur des télécommunications, de l’énergie et de la grande distribution. Elle devrait rapporter globalement 582 millions d’euros. Jointe à la taxe sur les banques (730 millions d’euros), elle devrait en deux ans rapprocher la Hongrie de son objectif : la réduction de son déficit budgétaire aux 3 % nécessaires pour le passage à l’euro.

"Si Orban était de gauche, on le traiterait de castriste, de chaviste, mais personne ne dit rien parce qu’il est un Premier ministre de droite dure." C’est le représentant anonyme d’une entreprise française à Budapest qui s’exprime ainsi. Il est assez représentatif de la colère réelle mais rentrée de nombre d’entreprises étrangères. La Hongrie accueille plus de cent entreprises de telecom. Dans le domaine de la grande distribution, Delhaize le franco-belge et ses petits magasins Cora ou Match, paieront dès décembre prochain un impôt de 2,5 % sur leurs bénéfices. Des bénéfices suffisamment élevés (autour de 700 millions d’euros en 2010) pour que les entreprises en question hésitent à trop se plaindre. Seul dans la branche, le leader, le britannique Tesco a osé protester contre "une taxe injuste qui fera augmenter les prix et lésera les acheteurs hongrois". Mais personne ne parle de quitter le pays.

En revanche "Magyar Hirlap", journal d’opposition libéral de gauche, a évoqué un scénario qui verrait les grands noms de la distribution étrangère pressurer davantage leurs fournisseurs hongrois, agriculteurs en particulier, pour récupérer l’argent "perdu" dans les taxes. Le journal estime également "irréaliste" l’exclusion de facto des fonds privés dans le financement du système des retraites "dans un pays ou quatre millions d’actifs doivent payer pour trois millions de pensionnés".

Xavier Defaysse, du cabinet d’affaires Duna Expert estime "qu’il ne faut pas noircir le tableau" des mesures en cascade décidées par Viktor Orban. A son avis, "les baisses d’impôts sur les bénéfices des PME contribuent largement autant à la croissance retrouvée du pays et à la popularité du Fidesz que ces taxes qui ne touchent que symboliquement au portefeuille des entreprises étrangères".

Tout autre son de cloche auprès du centre d’analyse Political Capital. Là, on considère les nouvelles mesures comme "très contre-productives" pour l’image de la Hongrie auprès des investisseurs étrangers. Péter Krko y voit "une très mauvaise préparation à la présidence hongroise de l’UE en janvier prochain, ceci d’autant plus que les entreprises les plus visées par les taxes sont françaises et allemandes, celles des grands pays de l’UE" . Krko rappelle que "la dénonciation du rôle des multinationales est depuis longtemps un thème de l’extrême droite hongroise, le parti Jobbik". Mais Viktor Orban et son Fidesz jouissent d’une majorité hégémonique au Parlement et à la tête des collectivités locales. La gauche minée par les affaires de corruption n’existe plus. Le Jobbik fait en revanche peur en Europe. Viktor Orban peut dire à son électorat (65 % des Hongrois) que le refus de la Commission de déduire des déficits des pays d’Europe centrale, les transferts d’argent vers les fonds de pension privés l’ont obligé "à prendre l’argent là où il est".

Les Hongrois l’approuvent. Y compris des électeurs de gauche qui détestent son populisme, mais saluent son culot.