Dans les rues d'Athènes les partisans du "non" fêtent la victoire à l'issue d'un référendum historique en Grèce. Dans le reste de l'Europe, les réactions se multiplient.

Au Royaume-Uni, le gouvernement britannique a pris acte lundi de "l'opinion décisive" exprimée par les Grecs, assurant qu'il "fera tout ce qui est nécessaire pour protéger" son économie, selon un porte-parole du Premier ministre David Cameron. "C'est un moment critique dans la crise économique grecque", a déclaré le porte-parole, précisant que le Premier ministre présiderait lundi matin une réunion pour réexaminer les plans d'urgence du pays.

En Allemagne, Sigmar Gabriel, le ministre de l'Economie a déclaré que de nouvelles négociations avec la Grèce étaient "difficilement imaginables" après ce non. Pour lui, Tsipras "a coupé les derniers ponts" entre la Grèce et l'Europe.

"Rien ne va être plus facile", a prévenu pour sa part dans un tweet le secrétaire d'Etat allemand Michael Roth, premier membre du gouvernement à réagir. "Ceux qui ce soir se réjouissent n'ont pas compris à quel point la situation est grave", a commenté M. Roth, social-démocrate et secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères, en charge notamment des relations franco-allemandes. "Rien ne va être plus facile, surtout pas pour les Grecs", poursuit son message.

Pour Charles Michel, "la balle est dans le camp du gouvernement grec"

Le Premier ministre Charles Michel a exprimé son "respect pour les résultats du référendum". "J'exprime mon respect pour les résultats du référendum grec, mais je note qu'il y a en même temps 18 autres démocraties dans la zone euro", indique Charles Michel. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a réussi ce qui est "un coup politique en Grèce" mais "probablement un mauvais coup pour l'avenir de l'Europe", a commenté dimanche soir M. Michel.

"Il appartient au gouvernement grec et à Alexis Tsipras de mettre enfin leurs cartes sur la table", souligne le Premier ministre. "La balle est dans son camp, il devra venir avec des propositions concrètes pour redresser la situation économique et sociale en Grèce et indiquer aussi comment il entrevoit" les relations entre la Grèce et les autres pays de la zone euro.

Le Premier ministre a fait une demande formelle au président du Conseil européen Donald Tusk pour organiser au plus vite un sommet de la zone euro, qui devra être précédé d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro.

Pour la Russie, "un pas vers la sortie de la zone euro"

Pour la Russie, la Grèce a fait un "pas vers la sortie de la zone euro". "On ne peut pas ne pas comprendre" qu'il s'agit d'un "pas vers la sortie de la zone euro", a déclaré Alexeï Likhatchev, un vice-ministre russe de l'Economie cité par l'agence officielle TASS, tout en précisant qu'il était prématuré de dire que la Grèce "irait jusqu'au bout du chemin".

"Une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro serait une sorte de thérapie de choc pour l'Union européenne", a-t-il indiqué, ajoutant s'attendre à ce que l'"euro chute dans un premier temps face au dollar, mais pas de manière catastrophique". "Si l'UE en tire de bonnes conclusions (...), cela aboutira à un certain assainissement" budgétaire dans la zone euro, et "la monnaie européenne remontera", a affirmé M. Likhatchev.

En cas de sortie de la Grèce de la zone euro, d'autres pays pourraient aussi suivre son exemple ce qui aboutirait à des "conséquences irréparables pour l'UE (...) et pour l'euro, la deuxième devise internationale" après le dollar, selon le vice-ministre russe. "C'est peu probable, mais théoriquement possible", a-t-il souligné.

Tsipras, "leader" ou "faux prophète"?

Guy Verhofstadt, le président du groupe Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe au parlement européen, a déclaré sur Twitter que ce référendum n'était "pas la fin". "C'est à Tsipras de proposer un paquet de réformes. S'il le fait, les leaders européens devraient lui donner une deuxième chance." Et le Belge d'ajouter: "Le temps nous dira si Tsipras est un leader capable d'apporter des solutions ou un faux prophète."




Quant à Elio Di Rupo (PS), il voit dans ce référendum "un signal fort adressé à tous les dirigeants européens et au FMI pour qu'ils changent d'approche".



"La victoire du peuple" pour Marine Le Pen

En France, Jean-Luc Mélenchon, le coprésident du parti de gauche, voit dans cette victoire du nom "la victoire d'une méthode et l'échec d'un projet sournois et calamiteux". Sur RTL France, il précise: "Il faut parler sérieusement du fait que les dettes souveraines en Europe ne sont pas remboursables, il faut une conférence européenne des dette souveraines."

A l'extrême droite, Marine Le Pen (Front national) estime que "la victoire du non au référendum grec ce soir est la victoire du peuple contre l'oligarchie de l'Union Européenne."


"Sortir du labyrinthe grec"

Les Européens doivent "recommencer à chercher un accord", pour sortir du "labyrinthe grec", a réagi dimanche soir le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, dans un tweet, alors qu'une nette majorité de non se dessine au référendum grec. "Désormais il est juste de recommencer à chercher un accord. Mais du labyrinthe grec on ne sort pas avec une Europe faible et sans croissance", a commenté le chef de la diplomatie, dans une première réaction d'un membre du gouvernement italien.

En Espagne, Pablo Iglesias, le chef du parti antilibéral espagnol Podemos, allié du grec Syriza, a estimé dimanche soir que la "démocratie l'a emporté en Grèce", après la publication de résultats partiels faisant état d'une victoire du non. "Aujourd'hui en Grèce la démocratie l'a emporté", a déclaré sur son compte Twitter Pablo Iglesias, qui samedi avait appelé à voter non. "La joie se respire au siège de Syriza", a de son côté déclaré Rafael Mayoral, un autre dirigeant de Podemos, depuis la Grèce.