En fait, je me suis mariée avec le journaliste qu’il était, pas avec l’homme politique qu’il est devenu ultérieurement !" : présence discrète mais constante aux côtés de Juan Manuel Santos tout au long de sa carrière publique, Maria Clemencia Rodriguez, "Tutina" pour les intimes, est devenue le centre d’intérêt des revues "people" lorsqu’il y a un peu plus d’un an, son mari a accédé à la présidence de la Colombie.

Tandis que le jeune Juan Manuel Santos faisait partie de l’équipe du plus grand quotidien colombien, "El Tiempo", aux mains de sa propre famille et dynastie politique depuis des décennies, Maria Clemencia, elle, travaillait déjà dans un ministère public, dirigé pour la première fois par une femme : "J’ai travaillé avec Noemi Sanin durant plusieurs années. D’abord à la Corporation pour l’épargne et le logement Colmena, puis comme sa secrétaire privée au ministère des Communications. Comme ça, tout simplement."

Pourtant, rien n’est simple quant au rôle du ministère des Communications en novembre 1985, durant l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire contemporaine de la Colombie : la prise du palais de justice par la guérilla du M-19, l’offensive des forces armées pour en reprendre le contrôle, avec la mort de 55 personnes dont 11 juges, ainsi que la disparition forcée de 11 survivants. Cet événement fit toutes les "une" internationales mais fut censuré en Colombie par la ministre des Communications, qui préféra imposer la retransmission d’un match de football aux radios et chaînes de télévision locales pendant que se déroulait ce qu’on appelle encore aujourd’hui "l’holocauste" du palais de justice - un sujet visiblement si délicat qu’aucun journaliste, "people" ou autre, ne s’est, à ce jour, aventuré à le sonder auprès de Maria Clemencia.

Personne ne connaît donc son opinion sur la gestion de cette crise par son ex-employeur, pas plus que sa propre expérience de ces événements au sein d’un ministère si stratégique.

La proximité du destin de Maria Clemencia avec les forces armées colombiennes s’est surtout approfondie de 2006 à 2009, durant la présence de Juan Manuel Santos à la tête du ministère de la Défense, pendant le second mandat de l’ex-président Uribe - un tournant qui n’a pas été toujours facile à vivre : peu après cette nomination, alors qu’elle changeait de chemisier près d’une fenêtre, Juan Manuel lui a demandé de s’en écarter pour raison, non de pudeur, mais de sécurité. Ce quotidien dorénavant placé sous le signe de la présence de gardes du corps et voitures blindées n’a pas facilité la vie conjugale : "Cela voulait dire ne jamais pouvoir faire le moindre projet car je ne savais jamais si Juan Manuel pouvait être présent ou non pour l’occasion."

Durant cette période, Maria Clemencia s’est dédiée à la promotion de programmes sociaux destinés aux soldats blessés et traumatisés psychologiquement par la guerre civile : "Ces soldats sont les vrais héros de la patrie car ils s’exposent à tous les risques et mettent leur vie en danger pour tous les autres colombiens."

Connue pour sa dévotion religieuse, Maria Clemencia a vécu un des moments les plus intenses de sa foi et de son couple au moment de l’Opération Jaque, zénith de la carrière de son mari en tant que ministre de la Défense : elle se trouvait à Paris, le 2 juillet 2008, avec sa fille Maria Antonia et venait de prier à la chapelle Notre Dame de la Médaille Miraculeuse lorsqu’un appel téléphonique lui a communiqué ce message : "Lors d’une opération spéciale des renseignements, 15 des otages qui étaient aux mains des FARC ont été libérés sains et saufs. Parmi les personnes libérées se trouve Ingrid Betancourt " Selon la revue chilienne "La Segunda" qui rapporte en détail ce moment, "son mari lui avait annoncé que ce jour serait ‘le plus important depuis son arrivée au ministère de la Défense’, qu’il valait mieux qu’elle voyage à Paris pour accompagner Maria Antonia et il avait insisté pour qu’elle se rende à la chapelle de la Vierge tous les jours."

Si la revue souligne que sa présence à Paris n’était donc "pas fortuite", rien n’est dit sur la dimension plus politique et diplomatique de cet événement au cœur des relations bilatérales entre la France et la Colombie, ni du reste de l’emploi du temps de Maria Clemencia ce jour-là.

Aujourd’hui, Maria Clemencia accompagne le plan d’urgence du gouvernement Santos, Colombia Humanitaria, établi fin 2010 pour aider près de 3 millions de Colombiens victimes des pires inondations de l’histoire du pays - un geste généreux sur fond de polémique : le plus souvent, les sommes annoncées n’ont pas encore été déboursées et la Chambre des représentants s’inquiète des risques de détournement de cet argent, dans la perspective des élections locales du mois d’octobre prochain.