International Selon l’ambassadeur de Bolivie auprès de l’Onu, l’immobilisation de l’avion du président Morales à Vienne est un "acte d’agression" qui viole "des règles du droit international". Est-ce effectivement le cas, selon vous ?  

L’avion qui transportait Evo Morales est un aéronef civil effectuant un vol non régulier dont le régime des libertés est régi par la Convention de Chicago, ratifiée par la quasi-totalité des pays du monde. L’interdiction du survol des territoires émise par la France et le Portugal mardi soir est contraire à l’article 5 de cette convention. Cet article assure la liberté de transit et le droit, pour un aéronef immatriculé dans un État membre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), de circuler dans l’espace aérien des autres pays membres de cette organisation. Seules des raisons de sécurité pourraient éventuellement justifier une restriction à l’application de ce droit. Ce qui, à ma connaissance, n’est pas le cas en l’espèce. La Bolivie pourrait demander à l’OACI de suspendre ou de retirer le droit de vote des pays n’ayant pas respecté la convention. Elle pourrait aussi envisager des mesures de rétorsion, ce qui pourrait être dommageable pour les compagnies aériennes de ces pays. Cette option existe, en théorie, mais je doute qu’elle soit appliquée.  

En lui interdisant le survol de leur territoire, la France et le Portugal ont-ils mis Evo Morales en danger ?

Il faut croire que l’avion n’a pas signalé qu’il courait un péril… Je ne pense pas que les autorités aéronautiques de ces pays auraient pris le risque de mettre en danger le chef d’État de la Bolivie. L’Autriche [l’avion s’est finalement posé à Vienne, NdlR] est peut-être moins sous influence américaine. Ou les autorités autrichiennes ont tout simplement considéré qu’elles devaient répondre favorablement à la demande d’atterrissage pour éviter la mise en péril de l’appareil et des passagers…  

Les autorités autrichiennes avaient-elles le pouvoir d’inspecter l’avion ? 

N’ont-elles pas transgressé l’immunité diplomatique du président Morales ? Non, car il s’agissait d’un aéronef civil. Elles pouvaient dès lors légitimement procéder à son inspection puisqu’il se trouvait sur le territoire autrichien.