L'ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden, réfugié en Russie, peut y être auditionné par des procureurs allemands après avoir rencontré un député de Bundestag qui lui a demandé d'être "témoin" dans l'affaire des écoutes de la chancelière Angela Merkel.

L'Américain, qui s'est vu octroyer en août le statut de réfugié, devait par ailleurs commencer à travailler vendredi pour un important site internet dont le nom n'a pas été révélé.

Il ne pourra pas aller en Allemagne sous peine de perdre son statut de réfugié, mais peut témoigner sans quitter la Russie, a expliqué son avocat russe, Anatoli Koutcherena.

"Dans le cadre des accords internationaux, Snowden peut témoigner en Russie, mais c'est aux autorités allemandes de décider", a déclaré Anatoli Koutcherena à la radio Echo de Moscou.

"Snowden n'ira pas en Allemagne. C'est impossible parce qu'il n'a pas le droit de franchir la frontière russe. S'il le fait, il peut perdre son statut de réfugié", a souligné l'avocat Koutcherena.

Le ministre allemand de l'Intérieur, Hans-Peter Friedrich, a indiqué vendredi que Berlin était "prêt à écouter" le fugitif américain.

M. Snowden a rencontré jeudi dans un lieu secret le député écologiste allemand Hans-Christian Ströbele, accompagné de deux journalistes.

Le bureau du député a diffusé vendredi une photo de la rencontre qui représente les deux hommes dans un intérieur rappelant celui d'un hôtel, en indiquant par ailleurs que M. Snowden avait transmis à M. Ströbele une lettre adressée au gouvernement allemand, au Bundestag (chambre basse du Parlement allemand) et au parquet.

"Je suis sûr qu'avec le soutien de la communauté internationale, le gouvernement américain cessera de faire du tort", écrit-il dans cette lettre.

"J'attends avec impatience de parler avec vous dans votre pays quand la situation sera résolue", ajoute M. Snowden

Interviewé par la première chaîne de télévision allemande ARD, M. Ströbele a déclaré que l'Américain avait "montré qu'il savait beaucoup de choses. (...). Il est prêt en principe à aider à éclaircir" les affaires, a dit M. Ströbele.

Le député a ajouté que M. Snowden serait "même prêt à venir en Allemagne pour témoigner". M. Ströbele lui a également proposé d'être auditionné en Russie.

"La rencontre s'est bien passée", a souligné Me Koutcherena en précisant que le député lui avait notamment demandé s'il pouvait "être témoin" dans l'affaire d'espionnage présumé d'un téléphone portable de la chancelière Angela Merkel.

Snowden "est prêt à coopérer avec tout le monde, vous voyez, il n'y a pas d'interdictions. C'est lui-même qui décide avec qui communiquer et quand", a ajouté l'avocat, cité par l'agence Interfax.

Le Kremlin s'est refusé vendredi à tout commentaire, bien que le président Poutine eut posé dans le passé comme condition que Snowden cesse ses révélations susceptibles de "nuire aux Etats-Unis" s'il restait en Russie.

"Ce n'est pas une question relevant du Kremlin", a déclaré le porte-parole du président, Dmitri Peskov.

Interrogé par l'AFP, l'analyste indépendant Pavel Felgenhauer a pour sa part estimé que le fugitif américain était contrôlé par les services spéciaux russes et que sa marge de manoeuvre était limitée par le Kremlin.

"C'est à Poutine de décider ce que Snowden a le droit de dire. Il a posé à Snowden comme condition de ne pas nuire à l'Amérique, mais il n'y a que Poutine qui sait quels en sont les paramètres", souligne-t-il.

"Cette condition n'est pas juridiquement contraignante et peut être revue en fonction de la situation politique", ajoute-t-il.

Selon son avocat, Edward Snowden a trouvé du travail et doit s'occuper à partir de vendredi de la maintenance d'un site internet reconnu, dont le nom n'a pas été révélé.

Le porte-parole du plus important réseau social russe Vkontakte, dont le fondateur, Pavel Dourov, avait proposé à Snowden du travail en août s'est refusé vendredi à tout commentaire.

M. Snowden est à l'origine de multiples révélations sur l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) diffusées ces derniers mois, pour le compte de laquelle il avait travaillé. Il a été inculpé d'espionnage par Washington qui a demandé à plusieurs reprises son extradition.

Ces révélations ont provoqué de vives réactions en Europe, en particulier en Allemagne, où les informations sur l'espionnage présumé d'un téléphone portable de la chancelière Angela Merkel ont créé un choc.