La seconde session du Tribunal Russell sur la Palestine (TRP), qui s’est déroulée du 20 au 22 novembre à Londres, a permis de mettre en lumière la manière dont certaines entreprises multinationales participent "à l’effort d’occupation et de colonisation des territoires palestiniens" et se rendent coupables de complicité "dans les violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme commises par Israël".

La session a débuté en réaffirmant les principes du droit international qui fondent l’interdiction de toute complicité des entreprises multinationales dans les violations des droits les plus élémentaires. Puis, grâce à l’audition d’une trentaine d’experts et de témoins, le Tribunal a notamment pu mettre en exergue "le rôle joué par la société Caterpillar dans les destructions massives de maisons sur les territoires palestiniens ainsi que la construction du mur jugé illégal par la Cour internationale de justice en 2004", soulignent les conclusions du Tribunal.

Autre multinationale mise sur la sellette par le TRP, le groupe bancaire franco-belge Dexia. Un témoin a ainsi révélé l’apport financier de ce groupe dans la construction des colonies dans les territoires palestiniens via sa succursale israélienne Dexia Israel Public Finance. Le Tribunal a aussi pointé la société de gardiennage et de sécurité G4S dans les contrôles aux check points, les restrictions de circulations des citoyens palestiniens et dans des prisons israéliennes.

A l’image de son ancêtre fondé par le savant et philosophe Bertrand Russell sur le Vietnam (1966-1967), le Tribunal Russell sur la Palestine est un tribunal international d’initiative citoyenne créé cette année à la suite de "l’inaction de la communauté internationale" dans la mise en œuvre, entre autres, des recommandations de la Cour internationale de justice (CIJ) relatives au dossier israélo-palestinien Son principal objectif est, non pas de dénoncer les auteurs de violations, mais de traiter de la complicité et de la responsabilité d’Etats tiers, d’entreprises, et d’organisation internationales - lesquelles seront au centre d’une troisième session prévue l’année prochaine - dans le contexte de l’occupation par Israël des territoires palestiniens et des violations du droit international commises dans ce cadre.

En mars dernier, lors de sa première session, le Tribunal Russell sur la Palestine avait étudié les complicités et les manquements de l’Union européenne et de ses Etats membres. Mais les conclusions du TRP n’avaient aucunement ébranlé les Etats pointés du doigt. "Les Etats sont des corps froids. Difficile de les faire bouger", nous affirme Pierre Galand, un des membres du comité international organisateur du Tribunal. "Les entreprises, elles, se sentent plus concernées en raison de leurs clients ou des consommateurs à qui elles s’adressent. Elles sont donc plus enclines à coopérer. Mais elles sont relativement peu nombreuses en définitive".

Pour le reste, les quelques réponses adressées au jury du Tribunal par les entreprises mises en accusation montrent clairement que ces dernières n’ignoraient pas leur participation aux violations du droit international et agissaient en connaissance de cause. Le jury a rappelé la nécessité d’entreprendre des actions judiciaires devant les Etats où les compagnies ont leur siège, en vue de mettre fin à ces complicités.

Pour autant, des sociétés se laissent parfois aller à une prise de conscience. Avec ou sans l’impulsion du TRP. " Veolia nous a écrit dans un courrier qu’elle pensait se désinvestir d’un projet local en raison des incertitudes et du caractère polémique que celui-ci pouvait revêtir", relève Pierre Galand. Quant au travail de sensibilisation du Tribunal Russell, il ne fait encore que commencer.