"Unilever, clean up your mess !" ("Unilever, nettoyez votre merde !"). C’est ce que réclame, sans prendre de gants, Sofia Ashraf dans son dernier clip "Kodaikanal won’t". Cette rappeuse indienne de 27 ans s’attaque à un géant, la multinationale anglo-néerlandaise Unilever, dont une usine fabriquant des thermomètres a contaminé au mercure, voici 14 ans, la ville de Kodaikanal. Cette catastrophe sanitaire a causé non seulement le décès de dizaines d’employés, mais aussi entraîné de nombreuses maladies graves touchant des enfants dès leur naissance. Après des années de manifestations, sans réaction de la part de Unilever, la jeune indienne ramène le scandale sur le devant de la scène, le tout en musique.

Du haut de ses 27 ans, Sofia Ashraf n’en est pas à son coup d’essai. Depuis des années, cette fervente engagée utilise le rap pour pousser ses coups de gueule. Dès 2008, elle annonce la couleur en montant sur la scène de l’événement musical "Justice Rocks", organisé par la "Jeunesse pour le changement social" à Chennai, sa ville natale, en Inde. Vêtue d’une burka, elle interprète sa chanson "Don’t Work for Dow" dans laquelle elle attaque Union Carbide, la firme américaine (rachetée depuis par Dow Chemical) responsable de la catastrophe de Bophal en 1984. Cette apparition scénique lui vaudra le surnom de "rappeuse en burka", jusqu’à ce qu’elle décide d’abandonner son voile quelques années plus tard.

Aujourd’hui Sofia Ashraf habite Bombay. Elle travaille comme rédactrice dans une société de communication et en tant que musicienne pour A. R. Rahman, le célèbre compositeur indien. La jeune femme se dit rédactrice de profession mais rappeuse par digression. Une chose est sûre, "Kodaikanal won’t", son dernier titre inspiré du hit de Nicki Minaj "Anaconda" annonce parfaitement à qui Unilever a affaire.


En réponse à ce texte voici la réaction d’Unilever

"Nous ne tolérerions jamais que nos employés souffrent de problèmes de santé en raison de leur emploi chez nous, sans nous en occuper. Plusieurs études indépendantes, réalisées par des experts, sur des ennuis de santé liés au mercure, ont conclu que nos anciens employés n’ont pas été affectés par leur travail dans notre ancienne usine de Kodaikanal. Contrairement à d’autres affirmations, il n’existe pas de données médicales évoquant quelque étude que ce soit indiquant que nos activités à Kodaikanal étaient source de maladies.

La vente de déchets de verre contenant des résidus de mercure à un ferrailleur, situé à environ trois kilomètres de l’usine, était contraire aux règles de notre entreprise. Nous avons immédiatement donné suite au problème et avons procédé à l’enlèvement du verre et du sol sous-jacent.

Nous allons poursuivre le nettoyage du site de l’usine de manière appliquée. Nous commencerons par l’assainissement du sol sur le site de l’usine une fois que nous serons en possession de l’autorisation définitive du Tamil Nadu Pollution Control Board."