Souha Arafat, la veuve de Yasser Arafat contre laquelle la justice tunisienne a émis lundi un mandat d'arrêt international, avait été déchue de la nationalité tunisienne et expulsée par l'ancien président Ben Ali, en août 2007.

Selon des sites d'informations tunisiens, la veuve du chef historique de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est poursuivie pour corruption dans l'affaire de "l'Ecole internationale de Carthage" co-fondée au printemps 2007 avec Leïla Trabelsi, l'ex-Première dame de Tunisie. La création de cette école avait entraîné la fermeture d'un établissement réputé, l'école Louis Pasteur-Bouebdeli.

Les deux femmes s'étaient ensuite querellées et, le 14 août 2007, le président Zine El-Abidine Ben Ali avait déchu Mme Arafat de la nationalité tunisienne qui lui avait été accordée après la mort de son mari en 2004. Avec sa fille Zahwa, alors âgée de 12 ans, elle avait quitté Tunis pour Malte où son frère représentait l'Autorité palestinienne.

Née le 17 juillet 1963 à Jerusalem, Souha qui est issue d'une riche famille chrétienne palestinienne, a épousé Yasser Arafat le jour de ses 27 ans. Ami de sa mère, la journaliste et écrivaine palestinienne Raymonda Tawil, il l'avait engagée pour s'occuper des relations publiques de l'OLP alors qu'il était en exil en Tunisie, avant d'en faire son conseiller économique.

Après la naissance de leur unique enfant, Zahwa, dans une clinique parisienne, en 1995, leur vie conjugale a rapidement dégénéré en séparation de facto.

Le penchant de Souha pour les vêtements griffés était aux antipodes des habitudes d'Arafat, avec son éternel uniforme de vétéran militaire, son mode de vie austère et son obsession de la politique.

La jeune femme, qui s'est convertie à l'islam, s'est un jour plainte à un journal égyptien que son mari ne lui avait jamais offert de bijoux et qu'il menait une vie de célibataire. "Lorsque je me plains d'être négligée, il m'offre des souvenirs et des symboles de la révolution palestinienne", a-t-elle aussi raconté avant de démentir que son mariage battait de l'aile.

Celle qui a déclaré avoir "épousé un mythe", est restée loyale au rêve d'un Etat palestinien nourri par son mari. Approuvant les attentats suicide, elle a assuré que son "plus grand honneur" aurait été de sacrifier un fils à la cause palestinienne.

Au printemps 2004, malgré sa séparation d'avec son mari, elle s'était déclarée prête à regagner les territoires palestiniens "dès qu'on le lui demanderait".

Toutefois, Mme Arafat a fait plusieurs fois scandale, embarrassant le leader palestinien.

Saluant un jour Hillary Clinton comme étant la Première dame qu'elle admirait le plus, elle avait lancé devant l'épouse de l'ancien président américain une hallucinante tirade contre Israël, accusant ce pays d'avoir multiplié le taux de cancer dans les territoires palestiniens. Un haut responsable palestinien avait dû présenter des excuses à Washington.

En novembre 2004, elle avait de nouveau provoqué un tollé en accusant le Premier ministre palestinien Ahmad Qoreï, son ministre des Affaires étrangères Nabil Chaath et le secrétaire général de l'OLP Mahmoud Abbas, qui devaient se rendre au chevet de Yasser Arafat à Paris, de vouloir "enterrer" son mari "vivant" pour hériter de son pouvoir.

Un an auparavant, la France avait ouvert une enquête préliminaire sur le transfert d'importantes sommes d'argent, d'origine suspecte, sur le compte bancaire parisien de Mme Arafat. Celle-ci avait alors accusé l'ennemi juré de son mari, le Premier ministre israélien Ariel Sharon, d'être l'instigateur d'articles de presse à ce sujet.

Peu avant le transfert de son mari vers un hôpital parisien, début novembre 2004, Souha était accourue à Ramallah pour être à ses côtés.

Retournée en Tunisie après son décès, elle était sortie de son silence en août 2006 pour démentir à l'AFP des rumeurs de presse arabes selon lesquelles elle s'était remariée avec Belhassen Trabelsi, homme d'affaires et beau-frère du président Ben Ali.