à Fribourg-en-Brisgau

Ce dimanche, la nuit est déjà tombée sur Fribourg-en-Brisgau, principale ville du Haut-Rhin allemand, au pied de la Forêt-Noire. Le car, qui emmène à l'initiative de la ministre bruxelloise de l'Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo) une délégation formée d'autorités communales bruxelloises, d'agents immobiliers, de managers, etc., pénètre dans le centre historique de la ville. Etrangement, le car ne croise nulle voiture. Les allées sont étroites, offrant un large espace aux trottoirs et pistes cyclables. Les piétons, chaudement emmitouflés, se baladent paisiblement. A même le sol, la signalétique s'impose au regard des nouveaux venus : le quartier est entièrement piétonnier et les voies adjacentes sont "zone 30". Les valises débarquées, la délégation est logée dans un hôtel "zéro émission (de CO2)", entièrement approvisionné en énergies renouvelables. Pour les membres de la délégation, le changement de mode de vie est immédiat : pendant trois jours, ils vivront selon les "rites" du développement durable.

Voilà déjà plus de 25 ans que la ville de Fribourg a décidé de prendre en main la gestion durable de son environnement ainsi que le bien-être de ses habitants. A l'origine de cette prise de conscience ? La décision de l'Etat fédéral allemand, en 1975, d'installer, à 20 km de Fribourg, une centrale nucléaire de production d'énergie électrique. Un grand nombre d'habitants s'opposent fermement au projet et proposent alors de développer une énergie alternative d'origine solaire qui semble adaptée à la région du Südbaden. Très vite, les autorités municipales de Fribourg emboîtent le pas à leurs habitants et définissent un concept de planification énergétique urbaine avec en point de mire les énergies renouvelables, dont l'énergie solaire en particulier, et les économies d'énergie. Pourquoi l'énergie solaire ? Il faut remonter à 1996, lorsque le conseil municipal de Fribourg adopte le plan global de protection du climat qui indique que, parmi les différentes énergies renouvelables, l'énergie solaire thermique est la plus à même de réduire les émissions de CO2 (163 000 t/an)*.

"Cela ne s'est pas fait du jour au lendemain", prévient Gerda Stuchlik, adjointe au maire de Fribourg, chargée de l'Environnement, de l'Education et des Sports. "Il a fallu 20 à 25 ans de politique environnementale, ainsi que l'engagement de tous, indépendamment des groupes politiques au pouvoir (NdlR : actuellement, le maire de Fribourg appartient au parti des Verts), pour obtenir un tel niveau de conscience des enjeux environnementaux", ajoute-t-elle. Car l'objectif fixé est très clair : atteindre une part d'énergie renouvelable de 10 pc sur la totalité produite. "A Fribourg, l'énergie solaire fait partie intégrante du projet de société. Ici, les gens se sont rendu compte qu'il est non seulement possible de vivre "avec" le soleil mais aussi "du" soleil", fait remarquer Mme Stuchlik.

Participation citoyenne

Outre l'intérêt économique et la volonté des autorités municipales, l'engagement volontaire des Fribourgeois constitue l'un des facteurs essentiels de réussite de la politique de développement durable de Fribourg. Ainsi, la participation citoyenne a permis de mettre sur pied le "réseau d'électricité solaire Regio", constitué de grandes installations photovoltaïques réparties sur plusieurs sites, auxquelles les habitants peuvent participer en tant qu'actionnaires. De même, à Fribourg, ils sont 10 pc de clients à avoir choisi l'électricité issue de sources d'énergies régionales et renouvelables. Le principe ? Les revenus correspondant à la différence entre le tarif d'électricité standard et le tarif "regiostrom" (électricité verte produite au niveau régional) sont exclusivement réinvestis dans d'autres installations de production d'électricité verte à l'échelle régionale (photovoltaïque, biomasse et hydroélectricité).

Mais la politique d'énergie durable de Fribourg va bien au-delà de la gestion énergétique solaire. La Ville s'est également dotée d'une solide politique de déplacements. C'est ainsi que pendant ses trois jours de visite, la délégation bruxelloise se déplace exclusivement en tram et à pied, au gré de trottoirs élargis et creusés, dans le centre historique, de fines rigoles où ruisselle de l'eau dans un joyeux "glou-glou", "pour le plus grand plaisir des touristes", affirme le guide local Peter Schilken, également responsable chez Energie-Cites.

A Fribourg, le réseau des rues est scrupuleusement organisé : un tiers des rues est réservé aux vélos (en 15 ans, ce ne sont pas moins de 400 km de pistes cyclables qui ont été aménagés), un tiers aux tramways (complété par un réseau de transport par bus) et un dernier tiers aux voitures. Il est à noter que Fribourg s'inscrit comme la première ville en Allemagne à avoir transformé toutes les zones habitées en zones 30. Par ailleurs, le centre historique de la ville est entièrement dévolu aux piétons sur un diamètre de 600 mètres. Selon M. Schilken, il est prévu d'étendre ce périmètre d'ici 2015.

Les quartiers Rieselfeld et Vauban

Au fil des heures, Fribourg se dévoile sous l'oeil surpris, amusé, admiratif et parfois inquiet des visiteurs bruxellois.

A quinze minutes de tram du centre-ville, les voici arpentant les vastes allées du quartier du Rieselfeld. Depuis 1994, l'ouest de Fribourg voit ainsi croître un nouveau quartier de 70 ha, sur une superficie totale de 320 ha (NdlR : la surface restante a été classée en site naturel protégé), d'une capacité de 4 500 logements pour 10 à 11 mille habitants.