Infatigable Guy Spitaels ! Alors que nos grands hommes politiques s’épuisent sur l’impossible partage d’une minuscule circonscription électorale, lui, il embrasse le monde et le refait, tous les deux ans, au rythme des essais de géopolitique qu’il confie, avec une louable fidélité, à l’éditeur Luc Pire (à propos, a-t-on jamais trouvé dénomination plus antinomique pour une maison d’édition qui doit par définition susciter l’envie et le plaisir de lire ?).

Le président d’honneur de l’Internationale socialiste cache mal son rapport difficile à Barack Obama. Quoiqu’il s’en défende habilement. "J’aime la droite", nous a-t-il dit récemment, en marquant des pauses savoureusement étudiées. "J’aime la gauche. Je n’aime pas les hommes de gauche qui tiennent un discours de gauche, mais mènent une politique de droite." Et toc ! En plein dans le plexus cœliaque du 44e président des Etats-Unis. "Mais qui suis-je, s’empresse-t-il de tempérer, pour oser juger M. Obama ?"

Dans son dernier ouvrage ("L’Hégémonie contrariée"), Guy Spitaels s’en donne pourtant à cœur joie, en épinglant les contradictions entre les discours prononcés et les décisions prises par l’actuel locataire de la Maison-Blanche, saisi à mi-parcours de son premier mandat. (A cet égard, on est un peu déboussolé par l’entrée en matière du livre : "Ce siècle avait douze ans Obama entamait la seconde partie de son mandat présidentiel", lit-on. Les élections du "mid-term", n’était-ce pas en 2010 ?)

Du plus gros budget militaire dans l’histoire des Etats-Unis à la soumission de l’Administration Obama au diktat israélien dans le conflit du Proche-Orient, le propos du professeur honoraire de l’ULB est décapant et provocateur. M. Spitaels s’amuse d’un président américain qui appelle de ses vœux un monde dénucléarisé, mais affecte 84 milliards de dollars à la modernisation de l’arsenal nucléaire de son pays. Il s’amuse moins d’un Barack Obama qui, selon lui, manifeste pour l’Europe encore plus de désintérêt que son prédécesseur, George W. Bush.

A lire Guy Spitaels, on se plaît à rêver du livre qu’il devrait écrire en priorité : sur ses camarades du PS et sur sa vie en politique, des Mémoires à rédiger avec aussi peu de complaisance qu’il en met à nous parler du Yémen et du Tadjikistan. Bien sûr, il risquerait de manquer d’air en replongeant le nez dans l’univers étroit du plat pays. Mais rien ne l’empêcherait de nous emmener vers des cimes insoupçonnées. En campant, par exemple, André Flahaut en futur secrétaire général des Nations unies