Correspondante à Strasbourg

Faire du patron des enfants une marque déposée, il fallait y penser et les villes de Nancy et Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe et Moselle) l’on fait. Elles sont désormais propriétaires des marques "Saint-Nicolas", "La fête de Saint-Nicolas", "Les fêtes de Saint-Nicolas" et "Le marché de Saint-Nicolas" par la grâce d’un dépôt à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI).

En terre d’Alsace, vieille rivale de la Lorraine, l’affaire a du mal à passer. Certes, l’évêque de Myre est le patron de la première, mais il n’empêche qu’il est fêté dans la seconde, où fêtes et marchés lui sont consacrés dès la fin novembre. Une trentaine rien que dans le Haut-Rhin. Le vieillard à la longue barbe blanche, flanqué de Hans Trapp - c’est ainsi que l’on nomme le père Fouettard au pays des cigognes - y va à la rencontre des enfants pour leur distribuer les friandises de circonstance. "La tradition est très vivace autour de Colmar" , explique Eric Strautmann, président de l’association départementale du tourisme du Haut-Rhin (ADT68), qui considère la démarche "marque déposée" comme "particulièrement choquante". Par ailleurs député-maire UMP de la commune de Houssen, Monsieur le président n’est pas disposé à en rester là.

Après avoir transmis sans succès un mémoire à l’INPI pour s’opposer à l’enregistrement des quatre marques, il envisage désormais une action en annulation. "Une marque ne doit pas cor respondre à un nom commun, explique-t-il . "Saint-Nicolas est un mot usuel. Le déposer c’est comme si on déposait Noël." Et de s’insurger contre "une mercantilisation" des traditions, qui mettrait hors la loi les villages alsaciens annonçant sur leur matériel de promotion une manifestation estampillée "Saint-Nicolas".

Du côté des maires de Nancy et Saint-Nicolas-de-Port, on se défend de vouloir "cannibaliser" les fêtes et défilés qui se tiendraient de l’autre côté de la ligne bleue des Vosges ou ailleurs en France, le patron des enfants restant populaire en Flandre française, dans les Ardennes et en Franche-Comté. En Belgique, rien à craindre, les enregistrements à l’INPI n’ont pas de portée hors de France.